| « Quelles pistes pour une insertion durable dans l'entreprise ? Faut-il explorer de nouvelles voies contractuelles pour l'emploi des jeunes ? », s'interroge l'ANDRH lors de la première étape de son tour de France consacrée à l'emploi des jeunes, jeudi 27 janvier à Grenoble (Isère). « L'important, c'est l'accès à une formation professionnalisante, ce qui se passe en amont du contrat de travail, la formation, les stages, etc. », résume Stéphane Beal, avocat associé au sein du cabinet Fidal, responsable de la commission juridique de l'ANDRH. La question du contrat de travail pour l'entrée des jeunes dans la vie active est « une fausse question », estime pour sa part Franca Salis Madinier, secrétaire nationale en charge des politiques d'intégration des jeunes à la CFDT cadres, « car il existe de nombreuses possibilités de tester un jeune : stages, CDD, intérim, auto-entrepreneurs, portage, etc. Il faut au contraire sécuriser les parcours professionnels ». En outre, ajoute Stéphane Beal, « CDD et CDI sont souvent mal employés par les entreprises. Juridiquement le CDI est moins protecteur que le CDD, car il existe des motifs de rupture. Le CDI n'est pas un contrat éternel. À l'inverse, seule la faute grave est un motif valable pour rompre un CDD, sinon l'employeur doit payer jusqu'à la fin du contrat. Il y a donc un paradoxe : d'un côté l'entreprise privilégie le CDD alors qu'il est moins souple et coûte plus cher, de l'autre les salariés réclament un CDI, sous la pression de la société (des banques, des propriétaires, etc.). En réalité, la précarité du CDD tient à sa répétition et à sa durée, pas à sa nature ». MIEUX UTILISER LES CONTRATS Pour Philippe Berthelot, DRH de Rhodia Polyamides & Intermediates, « le recrutement doit être considéré comme un investissement, pour le jeune et pour l'entreprise. Le CDI est plus simple pour recruter des talents. En outre, il n'est pas si contraignant car la période d'essai peut être rompue jusqu'au dernier jour ». Néanmoins, prévient Claude Second, directeur de Pôle emploi Grenoble, « les jeunes se sont habitués à la précarité, à la mobilité, et cela comporte un risque pour l'entreprise qui peut perdre son investissement ». En effet, confirme, Anne Dhoquois, auteur de l'ouvrage « Premier emploi : quand les jeunes racontent » (1), « les jeunes veulent s'impliquer dans l'entreprise, mais pas à n'importe quel prix. Ils veulent choisir leur manager. Ils sont prêts à quitter un CDI ou à refuser un contrat pour des raisons relationnelles et de bien-être. La précarité, ils la subissent, mais ils en jouent également ». Si les CDD sont parfois employés à tort par les entreprises, « cependant, tempère David Charbonnier, directeur développement des opérations sud-est de Manpower, les entreprises auront toujours besoin des contrats courts », notamment « en cas d'augmentation de l'activité ou d'absence d'un salarié ». « En réalité, il faudrait simplifier les contrats actuels, assouplir les contraintes du CDD, notamment en supprimant le tiers temps entre deux contrats. Par ailleurs, l'emploi temporaire peut aussi être une opportunité pour les jeunes, afin de mieux connaître l'entreprise. » DÉVELOPPER L'ALTERNANCE Plus globalement, David Charbonnier estime que les jeunes ne sont pas assez « connectés aux entreprises ». « La recherche d'emploi devrait être un objectif pédagogique du cursus scolaire. Les jeunes diplômés, qu'ils soient peu qualifiés ou qu'ils sortent de filière non professionnalisantes, méconnaissent le monde de l'entreprise. D'où le succès de l'alternance auprès des entreprises, qui cherchent à minimiser le risque du recrutement. » Pour sa part, Franca Salis Madinier reconnaît que « l'université ne prépare pas assez à l'entreprise » et que « les stages sont un bon moyen d'intégration dans l'entreprise », mais « ils sont aussi utilisés pour recruter de la main-d'œuvre qualifiée à faible coût. Certains jeunes prolongent ainsi leurs études par crainte du monde du travail, vécu a priori comme hostile ». Les DRH présents s'accordent pour faire de l'alternance la voie privilégiée d'une insertion réussie. « L'alternance, qu'il s'agisse des contrats ou des stages, est un moyen de répondre à l'emploi des jeunes », approuve Christian Dapilly, DRH en charge de la formation de Veolia Environnement, « à condition qu'il y ait tutorat, une durée suffisante, un financement et une validation », tient-il à préciser. « L'alternance doit se développer, certes sur de nouvelles niches comme le supérieur, mais surtout sur les bassins d'emploi, pour que des emplois correspondent aux formations. Il faut également insister sur l'excellence du dispositif. » Pascale Thomas-Faucher, inspectrice de l'Éducation nationale chargée de l'information et de l'orientation, relève également que « l'alternance se développe dans le supérieur, mais au détriment des niveaux inférieurs ». Par ailleurs, les jeunes doivent être mieux préparés à l'alternance car « on enregistre une augmentation des ruptures de contrat en CAP ». « Il s'agit souvent d'un problème de comportement inadapté à l'entreprise dû à une méconnaissance des codes de l'entreprise, pour des jeunes publics, qui nécessitent un accompagnement préalable. » ACCOMPAGNER LES JEUNES Face à cette méconnaissance de l'entreprise par les jeunes, également remarquée par les DRH, Didier Rochas, délégué régional à l'innovation sociétale de Schneider Electric, met en avant le dispositif « 100 chances, 100 emplois », dont il est partenaire, et développé par la ville de Grenoble pour les jeunes des quartiers de niveaux inférieur ou égal au bac. « Les acteurs de l'emploi identifient des jeunes motivés qui ont un projet professionnel. Ces derniers sont ensuite formés pendant quatre jours au savoir-être dans l'entreprise, à la recherche d'emploi et à l'entretien d'embauche, avant d'être accompagnés bénévolement par les entreprises membres pour construire un parcours vers l'emploi. Objectif : trouver un job, un stage, une formation. » « Pour les entreprises, conclut Didier Rochas, c'est une opportunité de trouver une main-d'œuvre à former, de faire entrer de la diversité dans leur entreprise et de faire valoir un engagement citoyen ». Source : AEF - Julius Suzat
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