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Jean-Claude THOENIG : pourquoi mobiliser les troupes est si difficile…
Jean-Claude Thoenig, directeur de recherche émérite au CNRS et membre de Dauphine Recherche en Management (université Paris-Dauphine) est intervenu le 29 juin lors de notre huitième « 1er café » à l’hôtel Lutetia.
Interrogé sur la question « Comment faire face au désengagement ?», il met en garde d’emblée contre les discours généraux -« toutes les entreprises font face aux mêmes difficultés, c’est culturel »-, et les explications convenues -« c’est de la faute de la société, de la globalisation, des jeunes générations… -. Soulignant qu’ « Il y a des entreprises qui mobilisent sans difficultés », il décline alors la liste des facteurs créateurs de désengagement, comme le fait pour l’entreprise de « ne pas accepter les “contraintes douces“ qu’impose la hiérarchie », de mettre en place « des organisations autocentrées et bureaucratiques » ou d’externaliser « leurs logiques internes oubliant leurs logiques de mission »… Des situations qui installent un cercle vicieux, ce que Jean-Claude Thoenig appelle « le registre de répression », soit une augmentation d’indicateurs, de mesure, de process micro-planifiés pour encadrer le travail, un développement de la mécanisation, et une chasse aux seuls coûts visibles et à court terme. Cercle vicieux qui fait que l’on travaille encore moins ensemble, détruit les communautés d’intérêts, réduit encore la confiance du management dans les acteurs et fabrique de l’anomie organisationnelle.
Dénonçant le traitement clinique, qui fait que l’entreprise se place dans une logique de réparation et traite l’individu hors de son contexte de travail, Jean-Claude Thoenig propose, notamment, pour sortir de ce piège du tout-psychique de « puiser dans le stock des sciences sociales traitant des contextes locaux organisationnels et de travail ».
En conclusion, il s’interroge sur le pouvoir des GRH : sont-ils armés de savoir et d’expérience en développement organisationnel ? Sont-ils en mesure de se faire entendre ? Sont-ils au contact des réalités des terrains locaux ?... Et rappelle : « S’il ne faut retenir qu’une chose, c’est « de préserver les endroits où il n’y pas de démotivation ».