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Personnel n° 507 : Garder la foi

Catégories : "Publications", le 31 Janvier 2010

couverture n°507 février 2010

Nous nous devions, dans Personnel, d’évoquer ce qui a changé notre quotidien, dans nos entreprises et dans nos vies et ce qui le change encore, et qui vraisemblablement l’aura changé pour longtemps : la crise que nous vivons. Y est-on encore ? En sort-on ? Rapidement ou lentement ? De quelle crise parle-t-on ?

Il ne s’agit pas ici d’apporter une explication ou une interprétation à côté de celle des grands experts mondiaux de toutes matières : économistes, sociologues, financiers…

Notre angle de vue est l’angle social et les répercussions de cette crise sur notre politique de ressources humaines. Incontestablement, il y a une crise. Il y a une crise qui a jeté un voile du noir au gris foncé sur l’activité des entreprises, leur carnet de commandes, leur production, et bien sûr, comme conséquence du ralentissement général, les licenciements de grandes parties d’effectifs.

Ce n’est pas très évident de faire comprendre à une usine qui fabrique du tissu de verre industriel en Alsace, qu’il va falloir faire un plan social parce que les commandes se sont effondrées, qu’il n’y a pas de perspectives de meilleur chiffre d’affaires, et ça, à cause des familles américaines qui se sont trop endettées pour acheter leur maison. Et pourtant, c’est vrai qu’en Alsace, comme dans beaucoup d’endroits, en France et à l’étranger, tout à coup tout va mal, la consommation ne se tient plus, les usines tournent moins vite et les licenciements rythment les chroniques des spécialistes qui expliquent que c’est la crise du capitalisme.

Mais cela n’est pas tout à fait vrai, en Extrême-Orient par exemple, où la Chine, la Corée, l’Inde, ne semblent pas être trop affectées pour le moment. C’est un peu différent également en France, entre la province et les grandes villes. La première souffre et les deuxièmes se battent pour acheter, acheter, acheter. Les grands magasins parisiens ont fait mieux que l’an dernier, en dépit des grèves de transport et de la crise… quelle crise ?

Nous voyons des conséquences sociales de cette crise, mais peut-on vraiment dire que le social en est à l’origine ? N’est-ce pas plutôt un effet d’entraînement, de dominos qui fait que les licenciements se propagent comme une épidémie abominable. N’est-ce pas aussi l’utilisation hypocrite d’une situation, que tout le monde connaît et ne va pas critiquer, pour faire ce que l’on n’aurait jamais osé faire, à froid, avant. Aussi incontestable que soit la crise, et le désordre mondial, est incontestable également un effet d’aubaine qui s’est vu ça et là. Au plan des ressources humaines, nos préoccupations, pourtant, malgré la crise, demeurent. Elles avaient commencé à peser sur notre quotidien mais elles continuent.

Le papy-boom est là. Ceux qui avaient 60 ans l’an dernier en auront 61 cette année, crise ou pas crise ! La guerre des talents qui nous a tant fait parler est toujours une préoccupation forte même si, à cause de la crise, beaucoup ont arrêté les recrutements pour un temps avant de les reprendre car il faudra bien les reprendre. Les retraites aussi restent d’actualité et le maintien des seniors dans l’emploi vient se percuter avec les nécessités de plan social. L’employabilité qu’il faut donner aux collaborateurs reste un enjeu malgré une loi sur la formation qui change, comme tous les ans. Les risques psychosociaux qui ont commencé à prendre de l’ampleur dans l’entreprise, en même temps que dans nos préoccupations avant la crise, continuent d’être maintenant, évidemment, un des tous premiers enjeux auxquels nous devons faire face.

Ces sujets, ces exemples auraient dû être traités avec sérénité dans l’approche et l’analyse et avec efficacité dans les moyens de correction. Malheureusement, encore une fois, dans notre métier de DRH, il nous faudra faire un grand écart. Que reste-t-il de la GPEC, du développement durable et responsable ? Gérer la crise, comme si nous n’y étions pas entrés et comme si nous étions déjà en train d’en sortir !

Espérons que cette crise économique quasi mondiale ne se traduise pas par une crise de la foi des DRH dans leur métier.

Izy BEHAR
Rédacteur en chef

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