Février 2011 - N°517
A-t-on vraiment besoin de consultants ?
Bien entendu, personne ne peut contester le recours à des consultants experts comptables ou certificateurs de procédures ou de mesures de sécurité. Peu de gens contesteraient aujourd’hui l’appel à des consultants de recrutement ou d’outplacement, ou de formation. La question devient sûrement plus difficile quand il s’agit des consultants en organisation. Tout le monde en a connu et tout le monde a un avis dessus. En tout cas, ils sont nombreux et présents dans beaucoup d’endroits. Il y a bien des colloques ou des manifestations où l’on peut compter plus de consultants que de « consultés » !
L’on peut se demander comment cela est arrivé. Que s’est-il passé pour que le modèle d’entreprise où le patron fondateur savait tout, avait tout fait et n’avait besoin de personne, devienne un modèle obsolète, au profit d’entreprises où l’on fait intervenir des consultants, souvent d’origine anglo-saxonne, pour expliquer comment mieux organiser le présent pour qu’il devienne un futur plus productif, plus créateur de valeur et plus intéressant pour tout le monde, y compris les actionnaires.
Parce que, quand même, nous vivons tous dans le schéma où ce n’est pas à l’intérieur de l’entreprise, avec les personnes de l’entreprise que nous sommes à même de trouver la bonne solution ou la bonne organisation ou, en tout cas, une meilleure. Ce n’est d’ailleurs pas complètement faux, tant il est vrai qu’il faut reconnaître aux consultants le mérite d’apporter les vertus du benchmark et des bonnes pratiques d’ailleurs « qui ont fait leurs preuves ».
Cette approche – le miel est meilleur quand il est fait à partir de plusieurs fleurs butinées par les abeilles – n’est malheureusement pas celle que les détracteurs du conseil mettent en avant : solutions plaquées sans avoir toujours bien pris la peine d’analyser les situations ou les organisations à améliorer, consultants parfois « juniors » sans recul sur le monde du travail, conceptions un peu « à la mode » et souvent d’origine anglo-saxonne qui n’ont pas beaucoup ou peu à voir avec nos approches parfois trop franco-françaises, obligation de moyens seulement et peu d’obligations de résultats.
Pourtant, le considérable succès de la création du statut d’auto-entrepreneur, très souvent utilisé par des consultants installés à leur propre compte, semble dire que ce métier est rémunérateur. Serait-ce, dans notre pays, les difficultés et les coûts liés au salariat qui sont la cause de ce succès ou le fait que chacun, dans les entreprises, est quelquefois très content de trouver quelqu’un qui dira ce qu’on ne peut pas dire ou bien qui préconisera de mettre en place des choses sans avoir à en supporter les conséquences ?
On dit volontiers que les conseilleurs ne sont pas les payeurs mais les conseillés, eux, sont ceux qui payent… et c’est souvent très cher.
Izy Béhar
Rédacteur en Chef