Mai 2009 - N°499
Emergence d'une nouvelle organisation du travail : vers l'entreprise virtuelle
Malheureusement, non seulement des activités disparaîtront (et d’autres d’ailleurs naîtront) mais surtout, les conséquences se verront sur les comportements, les modes de fonctionnement, les conceptions du travail lui-même.
Ce n’est évidemment pas le fait du hasard si Personnel, ce mois-ci, vous propose une réflexion sur l’évolution du travail lui-même, son sens, ses tendances et sa « virtualisation ».
Les critiques ne manquent pas contre cette évolution des moyens de communication qui vont de la « laisse électronique » à l’hyper communication.
La laisse électronique, c’est celle qui vous relie à votre travail, les mails incessants qui font vibrer la poche ou qui sonnent dans le sac à main avec la nécessité de ne jamais se couper de son bureau.
L’hyper communication, c’est celle de tous ces PDA où, d’un doigt, on est connecté aux mondes… virtuels, mais au monde entier. Plus de 25 000 applications disponibles pour un nouveau téléphone tactile… Est-ce que ce sont ces possibilités immenses de moyens techniques qui changent la conception même du travail ou bien est-ce par-ce que le travail lui-même n’est plus le même, parce que les acteurs, les salariés n’ont plus les mêmes aspirations ni les mêmes comportements, que les moyens se sont adaptés ?
Nous vivons malgré tout plusieurs paradoxes dans le monde de l’entreprise et du travail de chacun. La vitesse est la première donnée. Vitesse d’accès à l’information, vitesse dans la réception des mails et de l’envoi de la réponse, vitesse qui devient nécessaire, voire indispensable et qui fait du « court terme » l’unité de mesure. Comme on ne pourrait pas vivre sans accès quasi immédiat à ce monde qui n’est pas celui, réel, dans lequel on vit, les outils ont été inventés, se sont développés et sont devenus tellement indispensables qu’on croit aujourd’hui que ce sont eux qui façonnent notre quotidien.
Dans le monde du travail, le passage de l’activité très encadrée à une activité de plus grande autonomie, avec une responsabilité du résultat à atteindre, de la performance à démontrer, est sûrement un des facteurs non négligeables de la recrudescence des situations d’angoisse et de déstabilisation qui sont vite devenues d’ailleurs des situations qualifiées de harcèlement. Harcèlement qui lui aussi trouve un terrain favorable dans la nouvelle dimension, plus sociétale, plus émotionnelle de relation de travail, où la vie privée et la sphère professionnelle se trouvent plus emmêlées qu’avant. Les outils justement permettent de rendre encore plus mince la frontière qui existait ja-dis entre le monde professionnel et le monde privé.
Ces deux sphères sont aussi à l’origine d’un paradoxe déstabilisant : beaucoup de choses de la vie privée sont prises en charge par l’employeur. Alors, per-dre son emploi, c’est perdre beaucoup plus qu’avant. Les différents désengagements de la puissance publique, compensés par l’entreprise, renforcent le sentiment qu’il vaut mieux se sentir bien au travail parce que sinon les pertes sont sévères : par exemple mutuelle, retraite, CESU, crèches… autant de choses qui relèvent de la vie privée mais dont l’employeur est garant.
Comme l’évoquent Dominique Bailly et François Silva, les nouveaux paradoxes sont l’éclatement des espaces de travail mais le renforcement des liens sociaux, l’individualisation des relations et le travail collectif, la diversité et l’esprit communautaire, la flexibilité continue et la gestion dans la durée.
Tous ces changements dans la conception du travail lui-même, sur ce que les acteurs nouveaux en attendent, interpellent bien sûr le DRH, qui est au centre de toutes les problématiques et qui doit – comme le chef d’orchestre – faire jouer une nouvelle partition.