Novembre 2009 - N°504
Maintenir en emploi les seniors : à quelles conditions ?
Stéphane Béal décrit l’obligation légale, en donne une lecture la plus digeste de la loi et la plus immédiatement utilisable par chacun dans son entreprise. Nous sommes maintenant habitués à la nécessité d’un mode d’emploi pour toute nouvelle législation… et parfois ce n’est même pas suffisant. Les raisons ne manquent pas, qui ont conduit le gouvernement à imposer cette négociation sur les seniors, sous peine de sanction (et ce système de sanction intervient ici pour la première fois… espérons que ce ne soit pas une nouvelle habitude). Nous sommes le pays où le nombre de salariés au travail de plus de 55 ans est le plus faible. La démographie, la sociologie, l’allongement de la vie, la presque faillite annoncée des régimes de retraite par répartition… Bien sûr, il fallait agir.
Mais pourquoi en sommes-nous là, nous, la France ? Ailleurs n’est-ce pas pareil ? Ailleurs font-ils mieux que nous ? Oui. Ailleurs, « ils » n’ont pas inventé la retraite à 60 ans au moment où l’espérance de vie s’allongeait, « ils » n’ont pas fait rêver les plus de 55 ans avec des contrats de solidarité ou des indemnités de chômage garanties jusqu’à l’âge de la retraite, permettant de se mettre dans le « non travail » pour ne pas parler d’oisiveté. « Ils » n’ont pas considéré, comme nous, l’économie immédiate du départ de quelques-uns, âgés, au détriment du transfert du savoir et de la fluidité du passage de témoin intergénérationnel.
Pour autant, cette nécessité de négociation, aujourd’hui, n’existe que dans les entreprises, où l’on considère que, passé un certain âge, l’expérience ne vaut pas mieux que la jeunesse. Ce n’est pas vrai, bien sûr, pour les médecins dont l’expérience justement est un atout, comme pour les avocats. Ce n’est pas vrai pour les hommes politiques, ni les serviteurs des cultes, ni les artisans, ni les agriculteurs… C’est curieux, n’est-ce pas ? Et si l’on considère qu’en plus notre pays est celui où le chômage des jeunes est le plus fort, où un jeune diplômé met entre 12 et 18 mois pour trouver un emploi, on peut se dire que le grand écart que doit réussir le DRH pour remplir des objectifs de recrutement d’une part et de maintien dans l’emploi de l’autre, le tout sur fond de crise et des coûts sociaux considérés comme variable d’ajustement, est effectivement un grand écart, très grand !
C’est justement la bonne période pour lire le livre de Norbert Alter, qui a reçu le Stylo d’Or 2009, « Donner et prendre. La coopération en entreprise ». C’est le moment de porter un regard différent avec un recul tout sociologique, sur le fonctionnement de l’organisation et de comprendre mieux ce qui fonde la relation entre les salariés et l’entreprise. Ce lauréat du prix était finaliste avec deux autres livres : « L’atout senior, relations intergénérationnelles, performance, formation », de Sandrine Colette, Christian Batal, Philippe Carré, Olivier Charbonnier, et « Les valeurs, donner du sens, guider la communication, construire la réputation », de Thierry Wellhoff. Plus ancré dans l’actualité, ce n’était pas possible !
Dans ce numéro, triste écho à une actualité dramatique, on lira aussi la chronique d’Hervé Sérieyx sur le management intermédiaire et le nécessaire professionnalisme de ces managers dans les équipes et près d’elles. Mais quel manager ? Nous souffrons encore du syndrome de la promotion hiérarchique qui se satisfait de nommer à un poste de management quelqu’un qui, souvent, a performé dans son expertise… mais n’a pas forcément appris le management.