Juin 2011 - N°520
RSE, jusqu’où un transfert de responsabilités ?
Avoir des préoccupations qui ne sont pas le quotidien ou le très court terme est à l’évidence ce qui est devenu notre métier. Et dans toutes les facettes de nos DRH cela se retrouve. Recruter sans discrimination et des publics qu’il faut aider, former en veillant à développer l’employabilité également, communiquer, faire adhérer, faire renaître ou consolider le lien social avec l’entreprise… toutes ces démarches sont empreintes de responsabilité sociale voire sociétale.
Mais elles sont dans l’entreprise. Et, d’une manière ou d’une autre, elles sont utiles, voire nécessaires, à l’entreprise. Je suis sûr que nombreux sont les dirigeants d’entreprise et les DRH qui sont convaincus du bien fondé de ces préoccupations sociétales… Il n’empêche qu’il faut une loi pour recruter un minimum d’handicapés et, même avec ça, ce n’est pas parfait. La peur du bâton, de la pénalité, est souvent le début de la conviction sociétale !
Les sujets qui sont abordés ici vont un peu plus loin et touchent des transferts de responsabilité qui vont vers l’entreprise sans que l’entreprise ne soit ni demandeuse, ni en première ligne. Le plus emblématique de ces transferts est celui qui se concocte du risque dépendance. Mais il vient après nombre de transferts concernant la maladie, la retraite, l’épargne.
A l’origine, l’entreprise devait avoir un rapport simple entre la quantité de travail fourni, son prix, le prix de revient et le prix de vente. Et avec ces éléments, les entreprises devaient survivre et prospérer pour le bien de tous, salariés comme actionnaires. Et puis, mais ce n’est en rien critiquable, juste une constatation, sont arrivés des arguments et des politiques de statut social qui, dans l’entreprise, apportaient des compléments aux politiques publiques nationales.
A coté de la Sécurité sociale, les mutuelles dans l’entreprise ont apporté des compléments. A coté de la retraite de droit public, des retraites supplémentaires se sont mises en place. Et tout cela concourt à faire un prix de revient qui généralement est très élevé en France, en tout cas plus qu’ailleurs. Et si la Sécurité sociale décide un déremboursement de médicaments, les mutuelles d’entreprises coûtent plus cher. Si la retraite en France va un peu moins bien, les entreprises sont appelées à la rescousse.
S’agissant de la dépendance, la logique est la même. Le risque est important. Il touche tout le monde… L’entreprise doit commencer à s’en préoccuper. A l’inverse des démarches de RSE que nous évoquions et qui touchent l’entreprise dans son fonctionnement, les transferts dont nous parlons dans notre métier, ne concernent que des situations dans lesquelles les salariés ne sont justement plus dans l’entreprise ! L’entreprise prend donc en charge des pans de la politique sociale nationale, en augmentant ses prix de revient dans une compétition mondiale.
Il ne s’agit pas ici de refaire le monde. Mais, finalement, si l’entreprise le peut, c’est bien qu’elle apporte à ses salariés ces plus qu’ils n’auraient pas ailleurs. Ce pourrait être seulement du marketing social que de proposer une meilleure couverture sociale complémentaire, mais c’est au contraire devenu une obligation. Au fond, maintenant tout le monde fait ça. On parle de comportement responsable, sociétal et la concurrence existe sur les approches et les comportements justement. Mais a-t-on remis en cause les fondements de ces transferts de responsabilité ?
A ne pas le faire – mais il est peut-être déjà trop tard –, nous resterons avec notre modèle social français dont certains ont déjà dit qu’il ne servait de modèle à personne. Ce n’est pas un problème si nous restons – et nos entreprises aussi – en France et rien qu’en France.
Izy Béhar
Rédacteur en Chef