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Publication d’un rapport conjoint OIT-Eurofound sur télétravail et le travail nomade numérique

Publication d’un rapport conjoint OIT-Eurofound sur télétravail et le travail nomade numérique

Le rapport « Travailler en tout temps, en tout lieu: les effets sur le monde du travail », élaboré conjointement par la Fondation européenne pour l’amélioration de la qualité de vie au travail (Dublin, Eurofound) et l’Organisation internationale du Travail (OIT), publié hier 15 février, brosse un tableau du développement du télétravail et du travail nomade basé sur les technologies de l’information et de leur impact sur les conditions de travail dans 10 États membres de l’UE (Belgique, Finlande, France, Allemagne, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Espagne, Suède et Royaume-Uni) et en Argentine, au Brésil, Inde, Japon et États-Unis. 

Les niveaux de diffusion dans les pays. Le rapport, fruit de la synthèse de rapports nationaux, souligne que l’incidence de ces modes d’exécution du travail est liée non seulement à l’évolution technologique dans les différents pays, mais aussi à des structures et des cultures de travail économiques existantes. Parmi les pays analysés, la Finlande, le Japon, les Pays-Bas, la Suède et les États-Unis y ont le plus recours. Dans l’ensemble, l’incidence varie considérablement, de 2% à 40% des employés, selon le pays, la profession, le secteur et la fréquence. À travers l’UE28, la moyenne est d’environ 17% des employés. Dans la plupart des pays, la majeure proportion de salariés travaille à distance de manière occasionnelle plutôt que sur une base régulière. Sans surprise, cela concerne plus fréquemment le personnel très qualifié et les managers, même si le taux est également important parmi les employés et les vendeurs. En ce qui concerne le sexe, les hommes sont plus susceptibles de travailler sous cette forme, mais le télétravail à domicile est plus régulier chez les femmes.

L’étude souligne également plusieurs facteurs empêchant la diffusion de ces formules de travail à distance. Pour la plupart des rapports nationaux, les résistances viennent surtout du management, y compris dans les entreprises qui ont développé des politiques de télétravail/travail mobile. Ils concluent tous que de nombreux managers craignent de perdre le contrôle du travail exécuté par leurs collaborateurs. L’Inde est le pays, parmi ceux étudiés, où cette résistance est la plus forte.

En dehors des Etats de l’UE, l’adoption à ces formes de travail est étroitement liée à des facteurs propres : le rôle joué initialement par l’industrie des nouvelles technologies en Californie, la promotion par les autorités japonaises de ces formes de travail comme un moyen de lutter contre l’érosion de la main-d’œuvre (baisse des taux de natalité, jumelée avec une population vieillissante et un faible taux d’emploi chez les femmes). Au Brésil et en Inde, les pouvoirs publics ne se sont intéressés que récemment à ces formes de travail. La part des salariés travaillant sur une base régulière (au moins une journée par semaine) à distance n’est véritablement substantielle qu’aux États-Unis 20% et Japon (16%). Elle est de 19% dans le «secteur organisé» non agricole (économie formelle donc très minoritaire en Inde) et de seulement 1,6 % en Argentine. Aucune donnée sur le Brésil n’est disponible. Il est plus difficile dans ces pays d’avoir des données sur le télétravail occasionnel.

L’impact sur la durée du travail. L’étude résume l’ambivalence de ces formes de réalisation travail. Vécues par ces travailleurs comme un facteur d’autonomisation et de meilleure conciliation entre vie privée et professionnelle, elles sont toutefois plus poreuses à des pratiques d’horaires flexibles (qui sous-tendent la conciliation), mais surtout aux longues heures de travail, brouillant aux yeux de ces salariés les bénéfices qu’ils en tirent. Les conclusions sont les mêmes pour les payse l’UE et hors UE : les travailleurs à distance ont des durées du travail plus longues que ceux qui exercent leur activité dans les locaux de l’entreprise. En Europe, la part des employés qui travaillent de longues heures – définies comme telles lorsqu’elles dépassent de 48 heures par semaine – est plus élevée chez les télétravailleurs que les chez autres employés. De plus, ces heures supplémentaires réalisées ne sont pas payées. Le sentiment du «brouillage des frontières » entre sphère privée et professionnelle est davantage rapporté en Finlande, en France, en Allemagne, en Hongrie, en Inde, aux Pays-Bas, la Suède, le Royaume-Uni et aux États-Unis. Des différences importantes existent toutefois selon le sexe, les femmes semblant mieux bénéficier des facilités de conciliation vie professionnelle/vie familiale, aussi parce qu’elles sont à temps partiel souligne l’étude. Si d’après les rapports nationaux, les travailleurs employés sous cette forme sont majoritairement satisfaits du compromis trouvé, une partie toutefois se plaint d’une intensification de leur travail et de leur stress. C’est pour ces travailleurs notamment que les deux organisations préconisent l’adaptation des politiques de santé et de sécurité afin de s’assurer du respect des temps de repos. Pour elles, la solution réside dans le recours partiel ou occasionnel à ces formes d’activité pour maintenir le lien avec la communauté de travail, une limitation du télétravail informel et supplémentaire (achever son travail à la maison) et du travail « très mobile » qui sont les situations qui exposent le plus aux longues heures de travail et aux risques pour la santé.

Planet Labor, 16 février 2017, nº10073 –  www.planetlabor.com


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