Personnel, la revue de l’ANDRH

Quelles tendances pour le marché de l’emploi cadre en 2020 ? | Personnel n°607

Quelles tendances pour le marché de l’emploi cadre en 2020 ? | Personnel n°607

Sous l’effet de la pandémie liée au Covid-19, la France est confrontée à une crise économique comme jamais rencontrée, avec une baisse d’activité dans de nombreux secteurs et le recours à l’activité partielle pour beaucoup d’entreprises, notamment les TPE-PME. Les cadres ne sont pas épargnés par les impacts de la crise sur le marché du travail, les entreprises recrutant cette année beaucoup moins de cadres par rapport à l’an dernier. Qu'en est-il aussi des cadres RH ?

Suite à la parution du baromètre sur les intentions de recrutement et de mobilité des cadres au 4ème trimestre 2020, nous vous proposons de faire le point avec Pierre Lamblin, directeur des études de l'Apec, avec ce grand angle dédié qui paraîtra dans le prochain numéro de Personnel, la revue de l'ANDRH.

  Article de Pierre Lamblin, directeur des études de l’Apec

Si les entreprises continuent de recruter au 4ème trimestre 2020 selon notre baromètre de conjoncture, tous les recrutements de cadres pourraient ne pas se concrétiser en raison des difficultés que les entreprises anticipent pour trouver des candidats qui correspondent aux profils recherchés mais aussi de la situation de reconfinement de fin d’année.

Personnel_.png> Grand angle à retrouver prochainement dans le n°607 Personnel, abonnez-vous !

Un coup d’arrêt brutal sur la dynamique du marché de l'emploi

Si les entreprises du secteur privé prévoyaient de recruter près de 300 000 cadres en 2020 lorsqu’elles ont été interrogées à la fin de l’année dernière, elles devraient en recruter jusqu’à 40 % de moins, soit autour de 170 000 cadres. Ceci s’explique par la baisse d’activité et des investissements dans la plupart des secteurs d’activité depuis le début du premier confinement, et en lien avec les incertitudes pour retrouver leur niveau d’activité d’avant crise.

La fonction RH n’est pas davantage épargnée par la crise, avec une baisse de 37 % du nombre d’opportunités d’emploi cadre depuis le début du premier confinement.

Aucun secteur d’activité, aucune région et aucune fonction n’ont été épargnés par les impacts de la crise sur les besoins en matière de recrutement de cadres. Les trois fonctions traditionnellement les plus recruteuses de cadres - informatique, commercial et études R&D - affichent des baisses de plus de 30 % du nombre d’offres d’emploi cadre depuis le début 2020. La fonction RH n’est pas davantage épargnée par la crise, avec une baisse de 37% du nombre d’opportunités d’emploi cadre depuis le début du premier confinement.

Par voie de conséquence, les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, qui arrivent en masse sur le marché du travail, ainsi que les cadres demandeurs d’emploi sont les plus mal lotis sur le marché du travail, soit pour trouver un premier emploi ou pour en retrouver un.

Des difficultés pour recruter anticipées

Si la baisse d’activité a eu pour conséquence d’ajourner ou d’annuler les recrutements de cadres depuis le début de la crise pour près d’une entreprise sur cinq, une sur dix prévoit de recruter au moins un cadre au 4ème trimestre 2020. Beaucoup d’entreprises font preuve de prudence, ayant du mal à se projeter à court terme et n’étant pas en mesure d’anticiper leur niveau d’activité. Les plus optimistes sont celles de plus de de 250 salariés, dont une sur deux envisage de recruter au dernier trimestre 2020. La baisse du volume de recrutement de cadres n’empêche pas les recruteurs d’anticiper des difficultés pour recruter, et ce, pour la majorité des entreprises. Difficultés pour identifier des candidats possédant les compétences recherchées et manque de candidatures adéquates sont les deux principales raisons évoquées par les recruteurs.

Lien.png> Voir aussi les résultats de l'enquête ANDRH "Rentrée sociale 2020 : les DRH ont la parole"

Si les entreprises des secteurs des services à forte valeur ajoutée (activités informatiques, ingénierie R&D, conseil, activités juridiques et comptables, banque-assurance, communication-média) sont celles qui affichent le plus haut niveau d’intention d’embauche de cadres pour le 4ème trimestre 2020, ce sont aussi les trois fonctions les plus recruteuses de cadres qui sont les plus plébiscitées pour des recrutements de cadres.

Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire
affichaient plus de sérénité que les TPE-PME.

L’optimisme des entreprises à moyen terme pourrait s’éroder après la seconde période de confinement. Lorsqu’elles ont été interrogées en septembre dernier, la majorité des entreprises avaient confiance dans l’évolution de leur carnet de commandes et dans celle dans leur trésorerie. Si près d’une entreprise sur cinq déclarait ne pas retrouver leur niveau d’activité d’avant crise avant fin 2021, cette proportion pourrait toutefois s’accroître dans les prochaines semaines. A noter que, sur ce plan comme sur beaucoup d’autres, les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire affichaient plus de sérénité que les TPE-PME.

Des envies de changement chez les cadres

Si la crise génère des niveaux élevés d’inquiétude chez les cadres, elle suscite chez certains des envies de profond changement. Une minorité des cadres en poste sont inquiets concernant la sécurité de leur emploi, d’autant qu’ils manquent de visibilité sur la situation économique de l’entreprise qui les emploie. En revanche, ils sont majoritaires à estimer qu’il leur serait difficile de trouver un emploi équivalent s’ils devaient perdre le leur. C’est particulièrement le cas des cadres séniors âgés de plus de 55 ans et des cadres en TPE-PME.

La crise suscite chez certains une envie de changement plus profond, que ce soit pour une reconversion professionnelle ou en changeant de région ou encore pour s’installer à leur compte.

Si les cadres en poste sont peu nombreux en proportion à souhaiter changer d’entreprise à court terme, la crise suscite chez certains une envie de changement plus profond, que ce soit pour une reconversion professionnelle ou en changeant de région ou encore pour s’installer à leur compte. Ainsi, même s’ils ne passeront pas tous à l’acte, un peu plus d’un cadre sur trois serait prêt à changer de région.

Lien.png> Voir aussi [DOC] Webinar ANDRH/Apec "Quelles mobilités pour les cadres en 2020 ?"

Et les compétences comportementales ? 

Certaines compétences comportementales pourraient gagner en importance. Une minorité d’entreprises déclare que la crise actuelle fait évoluer les compétences qu’elles recherchent chez un cadre, mais elles sont plus nombreuses en proportion à le penser dans les entreprises ayant plus de 250 salariés et dans les secteurs des services à forte valeur ajoutée.

A noter que, si l’expertise métier demeure un prérequis permettant aux cadres de remplir leurs missions, ces derniers pointaient déjà avant la crise la nécessité de disposer de compétences relationnelles et comportementales pour s’adapter aux nouvelles exigences du monde du travail. Selon les cadres, les qualités jugées les plus importantes étaient l’organisation, l’adaptabilité et l’écoute .

Une évolution des pratiques managériales

La responsabilisation des salariés, la prise en compte de la qualité de vie au travail et l’instauration d’une dynamique participative, qui sont les trois attentes les plus fortes des managers à leur égard , font encore plus sens dans le contexte actuel de crise et pourraient faire évoluer les pratiques managériales.

La crise pourrait faire évoluer plus rapidement les pratiques managériales ainsi que la relation des cadres au travail et à l’entreprise. Si 84 % des cadres ont été concernés par le télétravail durant le premier confinement, permettant à leurs employeurs de poursuivre partiellement ou totalement leur activité, ce mode d’organisation déployé à grande échelle sous l’effet de la crise pourrait perdurer et accélérer la manière de travailler ensemble en entreprise. 

La responsabilisation des salariés, la prise en compte de la qualité de vie au travail et l’instauration d’une dynamique participative, qui sont les trois attentes les plus fortes des managers à leur égard , font encore plus sens dans le contexte actuel de crise et pourraient faire évoluer les pratiques managériales.

Lien.png> Voir aussi [DOC] Webinar ANDRH/Apec "Les nouveaux enjeux du management"


Partager cette publication :

Articles similaires :