Personnel, la revue de l’ANDRH

La raison d'être de l'entreprise : quelle ambition ? | Personnel n°598

La raison d'être de l'entreprise : quelle ambition ? | Personnel n°598

Si les grandes sociétés (cotées ou non) sont déjà tenues par la loi de faire état de leurs actions en matière de RSE, le législateur a voulu aller plus loin avec la loi Pacte en leur donnant la possibilité d’insérer une raison d’être dans leurs statuts. 
Le 30 avril dernier, les actionnaires du groupe Atos ont approuvé lors de leur assemblé générale annuelle à 99,93%, la résolution introduisant dans les statuts de l’entreprise une raison d’être, faisant d’Atos la première société du CAC 40 à franchir ce pas.  

Depuis plusieurs années se posait pour le groupe Atos le besoin d’une réflexion sur l’entreprise dans un contexte de financiarisation de l’économie, de court-termisme des investisseurs, d’émergence de nouveaux modèles avec les acteurs de l’internet et des aspirations différentes des nouvelles générations notamment dans la prise en considération des défis environnementaux et sociaux. L’éveil de conscience par l’entreprise de son impact a pris progressivement place pour aboutir à une évidence que l’entreprise doit désormais œuvrer pour un bien commun. 

Extrait de la rubrique "Échanger" du numéro de septembre de Personnel, la revue de l'ANDRH. Retrouvez le numéro entier dans sa version enrichie, Personnel +, sur votre espace abonné. 

Le sujet n’est pas nouveau chez Atos et il fait suite à plusieurs initiatives lancées depuis une dizaine d’années dans le domaine du bien-être au travail, environnemental et plus largement de la corporate social responsibility (CSR). C’était donc un cheminement naturel et la nécessité de définir l’essence profonde d’Atos était devenue à un moment une évidence. L’idée derrière la raison d’être, c’est de donner du sens à la gestion de la société, de définir l’identité, la vocation et l’essence profonde d’Atos.

Pour définir cette raison d’être, nous avons effectué un travail de réflexion mené en interne avec la participation active de la direction juridique, de la direction communication et de la direction des ressources humaines. Sur la base d’informations et de bonnes pratiques recueillies et analysées en interne, le groupe de travail piloté par le département communication a proposé la rédaction d’un questionnaire et procédé à des interviews de collaborateurs dans le monde entier. Notre objectif était de pouvoir apporter des réponses à ces questions : où allons-nous ? Pourquoi sommes-nous là ? Comment agir avec nos compétences et nos services ? Pour qui travaille-t-on ? 

Dans un premier temps, la restitution a été faite au top management de l’entreprise, puis au comité RSE, émanation du Conseil d’administration de l’entreprise et enfin au Conseil d’administration, pour aboutir à la définition soumise à l’Assemblée générale des actionnaires d’Atos.

Nous avons défini notre raison d’être comme une contribution à façonner l’espace informationnel. L’espace informationnel, c’est l’espace dans lequel les données circulent, sont stockées et sont traitées. Il vient s’ajouter aux espaces territoriaux, maritimes et aériens dans lesquels l’activité humaine s’est successivement déployée en les façonnant à travers l’histoire. Cet espace informationnel, c’est celui dans lequel travaille Atos depuis plus de 60 ans comme leader européen de la transformation digitale, notamment dans les domaines du cloud et de la cybersécurité.

Le message que nous portons aujourd’hui avec notre raison d’être c’est que nous souhaitons façonner cet espace informationnel en prenant en compte les impacts humains de nos actions. Comme l’a souligné Thierry Breton, Président Directeur Général du groupe Atos, « façonner cet espace c’est aussi le rendre plus éco-responsable et transparent quant aux usages qui sont faits des données de chacun, particulier comme entreprise ». Chez Atos, nous sommes convaincus que la cybersécurité et la sécurité des données au sens large sont incontournables pour façonner l’espace informationnel et construire une confiance collective.

Quel impact pour les directions des ressources humaines ? 

Tous les directeurs des ressources humaines constatent que l’image de l’entreprise est dépréciée par rapport à ce qu’elle pourrait être. Dans ce monde global et compétitif, on n’hésite pas à utiliser le mode de « guerre » pour parler de l’attraction et la rétention des talents

François Dupuy constate que les jeunes générations, toutes classes socio-professionnelles confondues, semblent avoir intégré l’incapacité des entreprises à donner du sens au travail. Ainsi pour le sociologue, les nouveaux entrants ont une pratique beaucoup plus instrumentale du travail : ils viennent y chercher les ressources, financières notamment, pour vivre la vie qu’ils désirent en dehors du travail, au sein de communautés qu’ils se choisissent. 

Si ces prédictions s’avèrent exactes dans le temps, alors que la recherche de sens au travail est largement partagée au niveau individuel, qu’elle soit exprimée ou non, on peut légitimement se poser la question dans sa dimension collective. C’est le défi que doivent relever les DRH des grandes sociétés, faute de quoi elles verront leurs ressources humaines se détourner définitivement.

Si l’entreprise constitue une partie de la solution, la consécration dans le droit favorise son ambition. Ainsi, l’introduction d’une raison d’être au sein d’une entreprise représente une formidable opportunité d’inscrire, dans une politique de ressources humaines de longue durée, des mesures qui supporteront l’identité et le sens de la gestion d’une entreprise.  

Picto-Vidéo-45.png>> Retrouvez l'interview vidéo d'Alexandre Menais lors de l'Université de Nantes de l'ANDRH


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