Le label HandiWe® fait évoluer les politiques handicap en entreprise
Comment est né le label HandiWe® ?
Blandine Farrell : Le label est né en 2019 d’un constat simple : les entreprises engagées sur le handicap n’avaient aucun outil pour rendre leurs pratiques visibles. Ohé Prométhée Charente a donc réuni un collectif d’acteurs (entreprises, associations d’usagers, secteur protégé, organisations syndicales) pour construire un référentiel opérationnel. Deux ans de travail plus tard, HandiWe® voit le jour, retenu parmi les projets finalistes de l’ADAPTATHON de Bordeaux et labellisé « Tous concernés, tous mobilisés ». Depuis 2022, nous accompagnons les entreprises dans une démarche à la fois structurée, pragmatique et profondément humaine.
Comment fonctionne la démarche de labellisation ?
B.F. : HandiWe® repose sur quatre critères clés :
- La volonté de l’entreprise ;
- L’intégration (recrutement, accueil, parcours) ;
- La santé au travail et le maintien dans l’emploi ;
- L’accessibilité, dans toutes ses dimensions.
Tout commence par un autodiagnostic complet, puis une journée d’évaluation en entreprise, où nous rencontrons direction, RH, référents handicap et salariés concernés. L’objectif est de comprendre la réalité du terrain, valoriser les points forts, identifier les zones de progrès et attribuer un niveau, de l’initiation à l’exemplarité. Le label est valable 3 ans, assorti d’un point de suivi à 18 mois. Les entreprises rejoignent également le Club HandiWe®, un espace de partage de pratiques entre pairs.
Quels bénéfices observez-vous sur le terrain ?
B.F. : Le label agit comme un accélérateur. Il permet de :
- Donner de la visibilité à la politique handicap ;
- Structurer la démarche et définir un plan d’action clair ;
- Renforcer la marque employeur ;
- Fluidifier la collaboration avec Cap emploi, France Travail ou l’Agefiph ;
- Faire progresser les équipes et lever les freins au recrutement ;
- Intégrer un réseau d’entreprises engagées qui mutualisent leurs pratiques.
En résumé, HandiWe® crée de la dynamique, du dialogue et une capacité d’action supplémentaire.
Pourquoi Chêne & Cie s’est-il engagé dans cette démarche ?
Marielle Bobet-Pison : Dans nos métiers manuels de la tonnellerie, nous sommes régulièrement confrontés aux difficultés physiques liés ou non à un handicap. Historiquement, nous avons toujours accompagné les salariés en difficulté, adapté les postes, cherché des solutions. Mais tout cela restait discret, peu formalisé.
Par ailleurs, nos clients nous challengeaient de plus en plus sur la RSE. À un moment, la prise de conscience a été claire : nous faisons beaucoup, mais nous ne le rendons pas visible. Le label HandiWe® offrait un cadre exigeant, crédible et utile pour valoriser ce travail de fond et relancer une dynamique interne.
Comment s’est déroulée l’évaluation ?
M.B.-P. : La journée est dense, cadrée, mais menée avec bienveillance. Nous passons tout en revue : pratiques RH, santé au travail, parcours de salariés, accessibilité, relations avec les partenaires… Mais nous ne sommes pas dans le symbolique. L’évaluation est réelle, précise et pousse l’entreprise à progresser. Il s’agit d’un vrai regard expert, structuré, qui fait ressortir les forces et les points d’amélioration. Et c’est exactement ce dont nous avions besoin.
Quels changements concrets avez-vous observés après la labellisation ?
M.B.-P. : Nous avons remarqué plusieurs changements concrets très rapidement :
- Une communication interne beaucoup plus fluide : Grâce à un flocage sur sa tenue de travail, le référent handicap est devenu plus facilement repérable, ce qui a favorisé les discussions entre collaborateurs, créer de la curiosité. Des salariés qui n’avaient jamais osé déclarer leur RQTH l’ont fait. Cela a levé un tabou.
- Des outils opérationnels partagés : grâce au Club HandiWe®, nous avons récupéré et personnalisé un guide handicap conçu par une autre entreprise. Un gain de temps précieux.
- Une politique d’accessibilité clarifiée : nos bâtiments sont anciens. Nous ne savions pas par où commencer. Le rapport du label nous a donné une feuille de route claire pour les mettre aux normes. Aujourd’hui, nos installations sont accessibles aux PMR et nous poursuivons avec la signalétique et l’accessibilité visuelle.
- Une meilleure connexion avec les acteurs du handicap : auparavant, nous ne sollicitions jamais l’Agefiph ni Cap emploi. Maintenant, nous savons exactement vers qui nous tourner, y compris pour les aides financières. Cela change tout.
- Une dynamique de long terme : le rapport d’évaluation est devenu notre plan d’action handicap. Pendant trois ans, il structure notre progression.
Avez-vous un exemple marquant d’intégration ?
M.B.-P. : Oui. Un salarié s’est présenté, il y a quelques années, sur un de nos sites. Il avait perdu une partie de son bras dans un accident de travail. Nous n’avons pas nié le handicap, mais nous avons vu, avant tout, ses compétences. Aujourd’hui, il réalise exactement le même travail que ses collègues. Sa capacité d’adaptation est incroyable. Cet exemple résume tout : le sujet, ce n’est pas le handicap. Le sujet, c’est la compétence. Le reste, on sait l’adapter.
Quel conseil donneriez-vous à un DRH qui hésite à se lancer ?
M.B.-P. : De remettre la personne au centre. On recrute une compétence, un potentiel, pas un handicap. Ensuite, on ajuste, on accompagne, on écoute. Et surtout : ne pas rester seul. Les acteurs du territoire sont là pour aider.
B.F. : Et j’ajouterais : ne pas avoir peur de la démarche. HandiWe® n’est pas une certification punitive. C’est un outil d’amélioration continue, pensé pour les entreprises et avec elles. On progresse ensemble !