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Témoignage : créer une filière d'excellence en région PACA

Comment créer une filière d'excellence quand on est (D)RH ? Entreprise spécialisée dans les semiconducteurs (puces électroniques), STMicroelectronics est à l’initiative de la création de la filière microélectronique en région PACA, intégrée au Campus des Métiers et Qualifications Industrie du Futur PACA. Yan Pataki, DRH du site de STMicroelectronics à Rousset (3 000 personnes) nous révèle les dessous de ce projet d’ampleur !
Sommaire

Article issu de notre magazine (numéro 611 juin 2021)

Quel était le besoin de départ en matière de compétence ?

Yan Pataki : Nous avons eu la volonté de nous associer avec les acteurs du territoire pour répondre aux enjeux business de notre site de Rousset. Constatant une certaine pénurie de candidats ou de formations adaptées à nos métiers, nous avons investi ces domaines, en amont. Par ailleurs, notre outil de production évoluant en permanence, un certain nombre de nouvelles tâches ont vu le jour avec l'apparition notamment de robots ou encore la gestion des données. 

« L’objectif est de former environ 2 000 jeunes sur ce campus à vocation multi-usages. »

Il était donc important pour la fonction RH d'accompagner les collaborateurs dans cette évolution de l'entreprise, les métiers s’orientant aujourd’hui vers plus de conduite d’équipements, d'analyses ou encore de contrôles. Nous avons donc eu pour ambition de créer une filière régionale de microélectronique au sein d'un campus d'excellence avec tous les acteurs du territoire : Education nationale, UIMM, écoles d'ingénieurs, Région…. Tous se sont ainsi réunis pour élaborer cette filière.

En quoi consiste cette filière ?

YP : Nous avons créé un campus au sein de l’école des Mines Saint-Etienne, site de Gardanne consacré à la microélectronique. Concrètement, cela se matérialise notamment par l’élaboration d’une salle blanche école pour permettre aux apprenants de travailler sur des puces électroniques dans les conditions du réel. L’objectif est de former environ 2 000 jeunes sur ce campus. Il a la vocation d’être multi-usages et à ce titre, il a été conçu pour : 

  • Accueillir les salariés de l’entreprise dans le cadre de la formation continue,
  • Former les étudiants en études supérieures aux domaines de la microélectronique,
  • Sensibiliser les lycéens à nos métiers. 

Nous avons ainsi créé une carte électronique dédiée à l’éducation nationale. Elle permet aux collégiens et lycéens de travailler sur des solutions co-développées entre l’Éducation Nationale et les entreprises. Cette salle blanche possède un « jumeau numérique », c’est-à-dire une plateforme numérique qui permet d’apprendre et de simuler la fabrication d’une puce électronique.

« La philosophie du projet a été et reste plutôt de faire émerger de nouveaux talents sur notre territoire, ensemble. »

Dans le domaine de la formation continue, nous avons créé par exemple une formation « Data Analyst » en collaboration avec l’Institut 3IA de Nice. Elle offre à nos collaborateurs une formation d’excellence dans un domaine de pointe : l’intelligence artificielle. 

Quelle était la philosophie à l’origine de ce campus ?

YP : Nous souhaitions élaborer un campus d’excellence avec des compétences très spécifiques sur nos métiers afin de pouvoir recruter des personnes formées et opérationnelles. L’objectif était bien sûr de créer un campus qui puisse bénéficier à tous les acteurs économiques du territoire. Il n’y a pas de concurrence à ce sujet. La philosophie du projet a été et reste plutôt de faire émerger de nouveaux talents sur notre territoire, ensemble.

Au-delà de notre région, nous avons pour ambition d’avoir un pôle d’excellence pour être attractif pour d’autres régions et pays. Nous avons par exemple récemment tissé des liens avec un institut labelisé en matière d’intelligence artificielle qui contribue à l’excellence du campus. Nous sommes également en lien avec l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) et l’école Politecnico di Milano afin de nous développer à l’international, de faire rayonner ces formations de pointe à un niveau Européen et recruter des jeunes à des niveaux d’excellence internationale. 

« Nous lançons des campagnes annuelles de sélection en interne. 250 collaborateurs ont été partants dès la première année ! »

Il s’est passé deux ans entre l’idée et la finalisation du projet. L’origine remonte à 2018 lorsque nous avons initié les premiers échanges avec notre branche professionnelle. Nous avons par la suite élaboré un dossier dans le cadre du Programme Investissement d’Avenir (PIA) et avons obtenu le soutien de la région et de l’Éducation nationale. Le projet a ensuite été porté auprès des ministères pour obtenir sa validation et son financement. 
 

Quelles formations proposez-vous à vos collaborateurs ?

YP : Nous offrons à nos collaborateurs la possibilité de continuer à évoluer et à se former tout au long de leur carrière dans l’entreprise. En formation continue, nous proposons des briques de formation à niveau bac +2 et bac+5. Des solutions de type CQP (certificats de qualification professionnelle) permettant d’évoluer vers un BTS/BUT ont par exemple été mises en place. 

Afin de sélectionner les candidats en interne, nous avons lancé un programme d’évaluation très simple : les collaborateurs qui le souhaitaient ont pu se faire évaluer sur leurs compétences et leurs savoirs pour se situer. Nous lançons des campagnes annuelles de sélection en interne et 250 collaborateurs ont été partants dès la première année ! Ces 250 collaborateurs ont suivi des formations dont certaines diplômantes (BTS, DUT, Diplôme d’Ingénieurs…). Cela a permis notamment à certains de nos salariés d’évoluer d’opérateur à technicien, et même ingénieur.

Sur notre site de Rousset, nous effectuons une centaine de recrutements par an, dispensons 100 000 heures de formation pour 3 000 collaborateurs et accueillons 160 alternants et 60 stagiaires. C’est une communauté qui est très active et dynamique et qui nécessite un accompagnement soutenu en matière de formation. 

Quel a été le rôle de la fonction RH ?

YP : L’industrie de la microélectronique nécessite des investissements significatifs et les compétences doivent suivre le rythme car les expertises peuvent être vite dépassées. Le haut niveau de compétence contribue à notre compétitivité et les RH sont donc clés pour porter ces sujets et faire le lien entre besoins opérationnels et élaboration de programmes de formation. Notre rôle est d’apporter des solutions, de la valeur ajoutée, par le biais d’offres de formation et au bon moment. Nous étions face à des besoins exprimés par nos activités et avons donc fortement associé les opérationnels à l’élaboration des besoins.

« C’est avant tout une aventure collective. Un DRH ne réussit jamais seul. »

L’ingénierie et la conduite de ce projet ont ainsi été réalisées par la fonction RH de STMicroelectronics, en concertation avec le campus des Métiers et des Qualifications Industrie du Futur, Région PACA. Nous avons proposé la solution la plus efficace à mettre en place, impulsé le projet et l’avons ensuite animé, avec tous les acteurs pertinents. Nous étions donc moteurs, à toutes les étapes du projet.

Quels sont vos conseils pour vos pairs RH ?

YP : C’est avant tout une aventure collective. Un DRH ne réussit jamais seul. Cette filière régionale est un beau projet qui a pu aboutir et réussir grâce au concours de différents acteurs, complémentaires (branche professionnelle, Éducation nationale, écoles d’ingénieurs, région, Etat…). Le secret d’un projet réussi ? Des besoins clairs au service de l’entreprise, une animation active du projet, l’implication de tous. Pour conclure, je dirais qu’une des richesses des RH, c’est sa capacité à innover afin d’accompagner les femmes et les hommes à se développer, se réaliser. 

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