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Maud Jardin DRH de Lucca : « La transparence salariale aligne les équipes et accélère la confiance. »

Maud Jardin avance vite. Son histoire s’écrit à l’échelle d’une entreprise qui passe de moins de 200 à près de 800 collaborateurs en quelques années. Elle privilégie les faits aux postures, rend les décisions lisibles et installe des cadres qui permettent de passer à l’échelle sans perdre l’âme. De la Normandie à Nantes, en passant par Paris, sa trajectoire garde le sens du concret : recruter vite et bien, structurer ce qui dure, outiller la croissance. Entre la randonnée et le théâtre, elle tient sa ligne : faire grandir sans se renier, expliquer avant d’arbitrer, accélérer sans rigidifier.

En ce mardi matin, la lumière s’installe doucement dans les locaux nantais de Lucca. Les équipes se retrouvent pour le café quotidien ; les Luccasiens, comme on les appelle ici, alignent les priorités du jour. On parle démos produit, entretiens à venir, ajustements à opérer. C’est ici que Maud Jardin nous accueille. Le lieu lui ressemble : ouvert, vivant, sans faux‑semblants. Un espace fidèle à l’esprit de la maison, où les échanges se font à hauteur d’humain. Chez elle, la transparence ne se proclame pas ; elle se pratique, simplement, comme une manière d’être.

Cap sur Nantes

Normande de naissance, Maud Jardin a Le Havre en arrière‑plan, Paris pour l’élan et Nantes comme point d’équilibre depuis 2020. Ce n’est pas un virage théâtral, mais un choix efficace : une ville à taille humaine, vivante et connectée : « On voulait respirer, mais garder des jobs qui stimulent », raconte‑t‑elle. À la maison, deux enfants en bas âge et une mécanique réglée à deux. « C’est sport, mais avec mon conjoint on est une équipe », sourit‑elle. Pas de grand récit héroïque : de l’organisation, de la constance, et cette manière calme de tenir le quotidien.

Les loisirs disent le reste. La randonnée, d’abord, reprise en mode sac à dos porte‑bébé : « On marche moins vite, mais on marche quand même », glisse‑t‑elle. Puis le théâtre, pratiqué autrefois sur de petites scènes parisiennes, qui lui a donné le goût du mot juste. « Le texte par cœur, ce sera pour un peu plus tard… mais l’envie reviendra », confie‑t‑elle. Ici, tout se recompose par étapes : un quartier adopté, des trajets apprivoisés, des rituels qui s’installent. Nantes offre la bonne échelle et Maud y avance en dynamique, discrète, souriante, fidèle à ce cap : faire simple, rester vraie, ne promettre que ce qu’elle peut tenir.

Le déclic RH

Le déclic arrive très tôt. Au lycée, une rencontre suffit : celle d’une DRH qui met enfin des mots sur une intuition. Un métier tourné vers les autres, ancré dans le business, où l’on relie décisions et impacts humains. « Je me suis dit : ah, mais ce métier existe », se souvient‑elle. La suite s’enchaîne naturellement : classe préparatoire, programme Grande École à HEC, des cours de RH et de droit du travail, puis un détour par l’Université Bocconi de Milan, où elle consacre son mémoire à l’engagement au travail. Les stages en recrutement et en formation confirment l’élan : l’envie est là.

En 2016, elle rejoint Akoya Consulting comme consultante. Le terrain est exigeant : workforce planning, anticipation des métiers et des compétences, refonte de processus RH, animation d’ateliers pour managers et DRH de grands groupes (Sanofi, L’Oréal, Total). L’apprentissage est intense, structurant. « C’était très formateur », confie‑t‑elle. Et puis une question s’impose comme une évidence : « Je conseillais sans avoir vécu la fonction en interne ». L’envie de passer côté entreprise s’installe, comme une suite logique.

Lucca, l’échelle qui change tout

En 2020, Maud rejoint Lucca comme HR Business Partner. L’entreprise compte moins de 200 collaborateurs ; quelques années plus tard, près de 800. Le changement est rapide, la cadence soutenue. Maud commence au plus près du réel : contrats, arrêts, congés, sujets juridiques. « Il fallait mettre les mains dedans », explique‑t‑elle. Ce passage par l’opérationnel devient un socle. À mesure que l’organisation se professionnalise, elle fait évoluer sa pratique : carrières, formation, accompagnement des managers. Son rôle grandit avec l’entreprise.

Quand l’hyper‑croissance s’installe, il faut tenir la promesse. En 2021, Maud co‑pilote une grille de salaires cohérente et scalable. Les principes sont posés : transparence maintenue, variable uniquement collectif, critères explicites (performance, expérience, contribution). Viennent le référentiel métiers et la grille de compétences : le squelette de la politique RH, qui irrigue aussi formation, mobilités, évaluations. Chaque métier et niveau dispose de fourchettes lisibles (pistes expertise/management, paliers annuels, localisation quand pertinent). La grille vit avec une à deux revues par an (recrutement, directions, retours terrain) : on ajuste quand il le faut, sans perdre le cap.

En 2022, son retour de congé maternité marque une autre étape : elle structure le développement des talents, puis rejoint une équipe produit pour le lancement du module Compétences. Référentiels, grilles, déploiement interne, retours clients : un terrain nouveau, exigeant, qui nourrit sa vision. « C’était génial de travailler sur le produit, de tester chez nous ce qu’on proposait aux autres », précise‑t‑elle.

En 2024, elle prend le poste de DRH de Lucca, enceinte de son deuxième enfant. « J’ai fait mes 100 premiers jours de DRH enceinte, puis je suis partie en congé, avant de revenir pour la période des budgets. Sportif… mais précieux », sourit‑elle. À la maison, l’équilibre se construit à deux. « On s’est serrés les coudes. À deux, c’est possible. Seule, c’est compliqué. » À l’échelle de l’entreprise comme dans la vie, Maud avance rapidement : tenir le rythme sans brûler les étapes.

Tenir la croissance sans perdre le sens

Passer de moins de 200 à près de 800 collaborateurs oblige à repenser les pratiques et à les rendre cohérentes dans le temps. Entretiens, campagnes d’augmentations, onboarding, parcours de développement : tout doit suivre la cadence. « À 200 et à 800, ce n’est pas du tout la même chose », rappelle‑t‑elle. Structurer devient une nécessité, sans sacrifier l’esprit maison.

La croissance impose aussi de tester en continu. Chez Lucca, les équipes RH sont à la fois utilisatrices et laboratoire. People Review, gestion des compétences, ATS Lucca : tout se déploie d’abord en interne, parfois avec des allers‑retours, des ajustements, des fonctionnalités à compléter. « On a parfois l’impression de revenir en arrière, mais c’est aussi ce qui permet d’améliorer le produit », dit‑elle. Être DRH dans une entreprise qui conçoit des solutions RH, c’est accepter cette exigence supplémentaire : tester, itérer, documenter, partager.

Dans ce mouvement, le dialogue social prend de l’ampleur. Élections CSE, CSSCT, syndicats plus présents : Maud apprend, professionnalise, explique, argumente ses idées. « On apprend tous les jours », résume‑t‑elle. Pour l’heure, pas de responsable relations sociales dédié ; la méthode repose sur un triptyque clair : pédagogie, cadre, calme. Avancer sans précipitation, même quand tout s’accélère.

Au contact des autres

Chez Lucca, Maud garde la fonction au ras du terrain. Elle pilote une équipe RH resserrée : « un peu moins de trente », expose‑t‑elle. L’enjeu n’est pas de multiplier les messages, mais de rendre les pratiques vivables dans une organisation qui a quadruplé en quelques années. Entretiens, campagnes d’augmentations, onboarding, parcours de développement : tout doit rester clair. Sa ligne est simple : un cadre lisible, puis l’adaptation là où le réel le demande.

Le métier charrie son lot d’urgences. Maud garde le cap par la clarté des priorités, des rituels simples, et une attention constante à l’énergie des équipes. Elle veille aux signaux faibles, réorganise quand il faut, étale les échéances plutôt que de céder au bruit de l’instant. Pas de grands discours : une manière régulière de poser du cadre et de tenir dans la durée.

Avec ses RH, même réflexe : se parler tôt, mettre au clair, partager ce qui pèse. Les temps d’équipe désengorgent, priorisent, rappellent ce qui compte. Ce qui reste, au fond, c’est un style : tenir la cadence sans s’y dissoudre, avancer en équipe, laisser la place pour respirer et repartir droit.

Transparence, une culture en actes

Chez Lucca, la transparence est là depuis l’origine. En 2002, l’entreprise naît avec une conviction simple : partager pour responsabiliser. Les chiffres circulent chaque semaine, les décisions stratégiques se racontent chaque trimestre en plénière, les évolutions produit sont souvent connues en interne avant les clients. La confiance précède le contrôle.

Côté rémunérations, la logique est la même. Chacun peut consulter le salaire brut annuel et l’historique des augmentations de ses pairs (N, N+1, N+2). Effets durables : équité, responsabilisation, confiance. Ici, les chiffres ne se murmurent pas ; ils s’expliquent.

En 2022, une campagne d’augmentations sert de levier d’alignement, avec de nombreux rattrapages à la hausse. La méthode repose sur la progressivité, avec des plafonds fixés par campagne (par exemple 10 %) et sur la pédagogie, menée main dans la main avec la finance. Le recrutement évolue : les surenchères isolées qui abîment l’équité interne cessent. La fidélisation change aussi : les contre‑offres opportunistes reculent et l’on travaille le fond avec un focus sur les parcours, les compétences et le management. Le dialogue social gagne en lisibilité, la marque employeur en crédibilité, et l’équité femmes‑hommes devient structurelle. La position de Maud est claire et assumée : si elle quittait Lucca, elle remettrait la transparence tout de suite.

Pour celles et ceux qui démarrent, y compris en PME, Maud délivre un conseil clé : l’itinéraire commence par une clarification de la philosophie avec le CODIR : variable individuel ou non, et ce que l’on choisit réellement de valoriser. La suite consiste à bâtir un référentiel métiers propre et à jour, sans cette base, rien ne tient, puis à co‑construire et expliquer, en formant les managers au pourquoi et au comment. Il faut avancer par étapes, accepter les ajustements progressifs et communiquer avec transparence auprès des IRP et des salariés. Il est utile de s’entourer quand on cumule les casquettes : dédier une ressource compensation & benefits ou solliciter un appui externe, sans jamais déléguer la décision. Chez Lucca, il a fallu environ un an pour construire le référentiel et la grille, puis un à deux ans supplémentaires pour aligner sainement les situations. C’est le temps long qui permet à la transparence de tenir.

Maud Jardin tient une promesse simple : faire grandir sans se perdre, en rendant les décisions lisibles et le cadre vivable. Son cap est clair : transparence en actes, exigence au contact, pédagogie qui redescend jusqu’au terrain.

Photo : Fabrice Rault
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