← Actualités

Santé mentale des RH : comment sortir du syndrome du sauveur ?

Si toutes les études tirent la sonnette d’alarme sur la santé mentale des RH, peu de solutions existent en interne pour les accompagner dans une fonction encore très isolée. Alors, des alternatives s’organisent, souvent hors les murs de l’entreprise.

Les chiffres sont accablants : en 2025, près de 38% des RH envisageaient de quitter leur entreprise pour préserver leur santé mentale selon le Baromètre de la Santé Mentale des professionnels des Ressources Humaines 2025 de teale. Seuls 64% estimaient que leur travail était reconnu et apprécié, soit 11 points de moins que l’année précédente. De même, leur propre sentiment d’utilité a reculé, passant de 79% à 73%. Pour autant, la corbeille des RH est particulièrement garnie ! Transparence des salaires, plans de sauvegarde des emplois, RSE mais aussi et surtout détresse mentale des salariés, « avant cette année, je n’avais jamais été confrontée à un faisceau de problématiques aussi varié », nous confie Murielle Rollet, RRH au sein de la société d’affacturage Bibby Factor. 

 

« Je me sens peu outillée face à la détresse des salariés »

 

Notre interlocutrice ne s’en cache pas, elle s’est personnellement sentie très éprouvée en 2025. Sans fards, elle nous confie : « je connais toute la vie des collaborateurs. Quand ils traversent une mauvaise passe, je suis toujours touchée. J’aurais envie de les prendre dans mes bras même si je sais que je dois garder mes distances. Et puis, cela peut aussi me renvoyer à mes propres angoisses ». Consciente qu’elle n’a pas à jouer le rôle de psy, elle se sent toutefois très peu outillée face à ce désarroi. Malgré une Direction compréhensive, business is business, « on peut parler d’un cas difficile puis la seconde d’après d’un recrutement ».

Un mode zapping dont elle dit s’être accommodé avec le temps, tout en regrettant de ne pas pouvoir s’investir davantage sur les sujets de santé mentale. « Ce n’est jamais la priorité, et il est encore difficile de parler des émotions en entreprise. La plupart des gens portent un masque professionnel », regrette-t-elle. Pour mieux traverser cette période difficile, la RRH a décidé de se former sur son temps personnel à l’intelligence émotionnelle. Car, elle le concède, elle souffre comme beaucoup de ses comparses du syndrome du sauveur, se sentant très responsable de ses salariés. « Nous passons notre temps à parler des autres et très peu de nous », admet-elle. Alors, il s’agit de se régénérer à travers le sport, la famille, mais aussi les groupes de pairs, comme les événements de l’ANDRH qu’elle nous confie plébisciter. 

 

Une détresse systémique

 

Renouer avec la puissance du collectif, c’est justement l’objet du nouveau parcours « Regen RH » d’Éclos&co. DRH pendant près de 10 ans en entreprise, Nina Lassalle a rejoint Éclos&co pour développer un programme spécialement dédié à cette population. « La cause de la détresse des RH est systémique, et certainement pas car certains RH auraient du mal à gérer leur stress », pointe-t-elle. Urgence de l’opérationnel, charge émotionnelle, manque de reconnaissance de la profession… pour Nina, la charge mentale est triple, sans compter qu’il y a clairement un avant et après Covid. « De plus, on considère les RH comme les pompiers de l’entreprise : 90% des gens qui viennent nous voir ont un problème dont nous ne sommes pas à l’origine. Face à cela, nous faisons preuve de résilience et endossons le fardeau en silence », poursuit-elle. Ajoutez à ce tableau explosif une position inconfortable entre les collaborateurs, les élus et la direction, et vous aurez des RH lessivés !

« Mais ce qui m’a le plus marquée chez cette population, ce sont les conflits de valeurs », pointe Clara Khoury, cofondatrice d’Éclos&co. C’est pourquoi le programme Regen RH s’attèle à travailler sur la connaissance de soi. L’objectif ? Se régénérer en tant qu’être humain au contact de ses pairs dans un cadre unique, afin de retrouver de l’énergie mentale grâce à l’approche tête-corps-cœur. Ainsi, il s’agit de renforcer les compétences humaines pour mieux gérer les tensions. Une recherche d’alignement avec ses drivers individuels matérialisée sous la forme d’OKR que les participants s’engagent à suivre au cours des mois suivants la formation. 

 

« Mon secret ? Conserver mon honnêteté intellectuelle »

 

Se sentir en phase avec ses propres choix malgré un contexte difficile, c’est justement la clef de la bonne santé mentale d’Audrey Rosique, DRH chez Apidae, 1er réseau national d’informations touristiques. Psychologue clinicienne de formation, elle défend une vision tranchée du métier : « Légalement, nous sommes garants de la santé au travail des collaborateurs. Mais une chose est sûre : pour moi, la technique ne doit pas gouverner notre fonction ». Il en résulte une savante quête d’homéostasie entre obligation réglementaire, génération de marge pour l’activité et réalité de la masse salariale. Un arbitrage permanent qu’elle nous dit opérer en âme et conscience malgré les pressions de forces antagonistes qui ont toutes « de bonnes raisons ». 

Bien sûr, la DRH vit parfois des nuits d’insomnie quand elle doit trancher entre la poursuite de l’intérêt de l’entreprise et celle d’un collaborateur. Alors, Audrey tâche de conserver son honnêteté intellectuelle : « je ne vais jamais pousser un collaborateur vers un chemin que j’estime moins bon pour lui. Mais en réalité, c’est un choix judicieux à long terme car 6 ou 12 mois plus tard, cela aurait pu altérer le climat social de l’entreprise. » 

Ainsi, si elle peut mettre en œuvre des sanctions à l’aune du respect du cadre réglementaire, la DRH ne se considère absolument pas comme le « bras armé » de la Direction. « De plus, j’assume complètement ce côté ultra-polyvalent de DRH en PME. Si j’ai choisi d’être ici, c’est parce que je m’épanouis dans un quotidien très varié ». Son secret ? « Le réel ne plie pas à nos désirs. Nous n’avons de prise que sur nous-même. Mes décisions ne plaisent pas toujours, mais avec l’expérience, j’ai su asseoir une autorité suffisante via des lobbies internes pour me sentir alignée ». Une approche pragmatique tout sauf dogmatique qui embrasse une vision long-terme… et finit toujours par l’emporter. 

 

Photo : Canva
Lectures liées
Santé & QVCT

DRH : votre santé mentale comme révélateur de la santé des organisations

La santé mentale des salariés est aujourd’hui un sujet majeur dans les entreprises. Pourtant, il est une zone largement silencieuse : la santé mentale des Directrices et des Directeurs des Ressources Humaines. Et si ce que vivent les DRH, et plus largement les professionnels RH, n’était pas seulement une question individuelle, mais un signifiant fort sur l’état réel de nos organisations ? Cette tribune explore comment l’état psychique des DRH révèle ce que nous acceptons comme coût humain du pilotage social et ce qu’il dit de la maturité de nos entreprises. Par Thomas Chardin, dirigeant fondateur de Parlons RH.

Santé & QVCT

"Accompagner les autres, c’est s’accompagner soi-même"

Chez AXA France, la santé mentale n’est pas un sujet annexe : elle irrigue toute la stratégie RH, du COMEX aux secouristes en santé mentale, Amélie Watelet, DRH d’AXA France, explique avec franchise comment elle aborde la santé mentale des équipes RH, celles qui sont en première ligne, souvent exposées, et qui doivent pourtant rester solides pour accompagner les autres.

Santé & QVCT

Prévention des TMS et réduction de l’absentéisme : enjeux stratégiques et retour d’expérience

Les troubles musculosquelettiques (TMS) demeurent aujourd’hui la première cause de maladies professionnelles et un levier stratégique majeur pour les Directions RH. Face à ces enjeux, certaines entreprises ont déjà amorcé une transformation de leur politique de prévention. C’est le cas de Air France, qui a déployé avec Axomove une solution numérique innovante visant à réduire l’absentéisme et à améliorer la qualité de vie au travail à grande échelle.