« Un service autonome de santé au travail, ce n’est pas un luxe, c’est un investissement stratégique »
Pourquoi avoir créé votre propre service de santé au travail ?
Joseph Puzo : Tout est parti d’un double constat. D’abord personnel, puisque j’ai survécu à un cancer diagnostiqué par hasard. Ce type d’expérience change votre rapport à la santé et à l’entreprise. Ensuite stratégique car je me suis aperçu que la médecine du travail, bien utilisée, pouvait être un outil de détection précoce, donc de prévention efficace – et, d’un point de vue managérial, un levier de performance. J’avais des attentes fortes, peu satisfaites par les services interentreprises (coût élevé, délais longs…), alors j’ai décidé de créer mon propre service interne.
Concrètement, comment avait-vous fait ?
J.P. : En 2022, nous avons donc créé Hygie Prévention – du nom de la déesse grecque de la prévention – un service de santé interne sur notre site de Montmirail, dans la Marne, où nous avons un peu plus de 800 salariés. Ce service regroupe une dizaine de professionnels, dont un médecin du travail, des infirmiers, une ophtalmologue et une référente cancer formée à l’Institut Curie. Tous ont été recrutés via des CDI à temps partiel modulé, un dispositif très souple qui permet d’intégrer des professionnels expérimentés, souvent jeunes retraités.
Quelles actions avez-vous mises en place ?
J.P : Chaque salarié bénéficie d’un bilan complet, bien au-delà de la visite médicale réglementaire. Nous avons par exemple intégré le dépistage du syndrome du QT long (SQTL), une anomalie cardiaque responsable de morts subites, que l’on peut identifier par un électrocardiogramme. Nous réalisons aussi des tests de dépistage du prédiabète, et des tests de fond d’œil. De plus, via l’analyse fine des données de santé, nous développons des algorithmes d’intelligence artificielle pour repérer des signaux faibles.
Comment ces données sont-elles utilisées ?
J.P. : Nous développons des outils d’analyse basés sur l’intelligence artificielle, pour repérer les signaux faibles annonciateurs de pathologies silencieuses. Pour cela, nous avons déployé en interne l’outil AxoCare, qui permet d’évaluer la motivation, le ressenti et le niveau de stress du collaborateur.
Concrètement, ces différents professionnels de santé doivent pouvoir, avec l’accord du collaborateur, avoir accès à ses données médicales (DMST). Le but est bien sûr de lui assurer le meilleur suivi possible. Les professionnels de santé sont également chargés d’évaluer les risques auxquels sont soumis les salariés et les répertorier dans le Document unique d’Évaluation des Risques professionnels (DUERP). Des actions sont ensuite mises en place afin de limiter, par exemple, les Troubles musculo-squelettiques (TMS), en adaptant le poste de travail afin qu’il soit plus ergonomique. Le service d’Hygie Prévention collabore ainsi de façon étroite avec les services RH, Qualité et Recherche & Process, qui interviendront sur les postes de travail pour en améliorer les fonctionnalités et l’ergonomie.
Dans cette continuité, vous avez lancé un autre programme interne baptisé Axionate. Quelle est sa finalité ?
J.P. : Axionate est un programme qui vise à motiver les employés à faire du sport, à boire régulièrement, à manger sainement, à favoriser les échanges et à améliorer la qualité de vie. Tous les 3 mois, une nouvelle activité est proposée au personnel autour de 4 thèmes : bien-être, échange, hydratation et nutrition, sport.
Quel est l’impact sur l’entreprise de ces programmes ?
J.P. : En un an et demi, tous les salariés ont bénéficié d’une visite médicale approfondie. Grâce à un électrocardiogramme, nous avons intégré le dépistage du syndrome du QT long, une anomalie cardiaque pouvant provoquer des morts subites. Nous réalisons aussi des tests de dépistage du prédiabète.
Quel conseil donneriez-vous aux DRH ?
J.P. : Un service autonome de santé au travail, ce n’est pas un luxe, c’est un investissement stratégique. Il est temps que la médecine du travail ne soit plus perçue comme une contrainte réglementaire, mais comme un levier de prévention, d’innovation et de performance ! J’encourage la création d’une fédération des services autonomes, qui permettrait aux entreprises engagées dans cette voie de mutualiser leurs bonnes pratiques, partager des outils et peser davantage dans les débats nationaux sur la santé au travail. L’ANDRH pourrait avoir un rôle central dans cette dynamique collective.
Axon’Cable en bref : Axon' Cable développe et fabrique des câbles, des connecteurs et des systèmes d'interconnectique pour les environnements sévères depuis 1965. Axon'Cable est une entreprise de taille intermédiaire qui compte plus de 2500 personnes et une vingtaine de filiales dans le monde.