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Votre cerveau n'est pas multitâche. Et ce n’est pas votre faute.

En 2026, la surcharge cognitive explose : près de 7 salariés sur 10 déclarent avoir déjà souffert d’un trouble lié au travail, selon la Grande Enquête Santé Mentale au Travail publiée en mars 2026 par Moka.Care, le GHU Paris et le BCG. Un contexte où être DRH aujourd'hui, c’est devoir gérer, comprendre, anticiper, planifier. Dossiers sensibles, décisions stratégiques, sollicitations permanentes… Beaucoup de DRH ont le sentiment de ne jamais en faire assez, voire de ne pas être suffisamment efficaces s’ils ne font pas plusieurs choses à la fois. Bonne nouvelle : si votre cerveau sature, ce n’est pas un manque de compétence, de capacités ou de volonté. C’est juste de la neurophysiologie !

Le multitasking : un neuromythe tenace (et coûteux)

Mutitasking : késako ?

« Multitasking » est un terme issu de l’univers informatique qui décrit la capacité d’un système d’exploitation à exécuter plusieurs programmes de façon simultanée.

Du côté des neurosciences, cela consisterait à effectuer deux ou plusieurs tâches complexes exactement en même temps. Or notre cerveau en est physiologiquement incapable.

En effet, si nous pouvons tout à fait marcher en discutant avec un ami au téléphone, il nous est impossible de rédiger un document en lisant un texte tout en écoutant (vraiment !) une conférence.

L'exécution simultanée de deux tâches n'est possible que lorsque les comportements sont devenus complètement automatiques. Les tâches non automatiques, elles, requièrent une attention consciente et délibérée. Elles sollicitent diverses fonctions cognitives telles que l’attention, la mémoire de travail et la mémoire à long terme et ne peuvent être réalisées simultanément.

 Le multitasking : un neuromythe tenace

Ce qu’on appelle multitasking est en fait l’illusion de faire plusieurs choses en même temps, alors qu’en réalité, notre cerveau passe très rapidement, et de manière répétitive, d'une tâche à une autre car nos ressources attentionnelles ne permettent pas de faire autrement. C’est ce que l’on appelle le « task switchiing ».

Chaque changement de tâche oblige le cerveau à :

  1. Quitter la tâche en cours
  2. Mémoriser où il en était afin de pouvoir y revenir
  3. Se reconfigurer pour réaliser la nouvelle tâche
  4. Quitter cette tâche une fois réalisée
  5. Pour tenter de revenir à la tâche initiale

 Et tout cela coûte cher …

Cette capacité de passer très rapidement et de manière répétitive d'une tâche à une autre a un coût cognitif élevé : fatigue mentale, erreurs, perte de productivité, augmentation du temps nécessaire pour terminer une tâche, baisse de concentration, difficultés de mémorisation et de prise de décision, irritabilité… Elle occasionne pour le cerveau humain une forme de stress qui, à terme, peut endommager les neurones de certaines zones cérébrales.

Autrement dit, plus on essaie de tout faire en même temps, plus on s’épuise… et moins on est performant.

Pourquoi le cerveau du DRH est particulièrement exposé

Le rôle de DRH cumule :

  • La prise de décisions à fort enjeu humain et émotionnel
  • Une exposition constante aux problèmes des autres salariés
  • Une culture implicite de disponibilité permanent
  • Peu d’espaces et de temps protégés pour réfléchir en profondeur

Résultat : le cerveau reste en alerte continuelle. Il mobilise des ressources importantes pour gérer l’urgence, au détriment de la réflexion stratégique, de la créativité et de la prise de recul.

Quand la fatigue s’installe, beaucoup culpabilisent : « Je devrais mieux gérer », « Je n’ai qu’à être plus organisé », « Je devrais être capable d’en faire encore plus ». En réalité, le cerveau atteint simplement ses limites physiologiques.

 Le coût invisible des interruptions

Les neurosciences montrent qu’après une interruption, il faut plusieurs minutes pour retrouver le niveau de concentration initial. Multipliez cela par des dizaines de sollicitations par jour, et vous obtenez une journée très remplie, accompagnée du sentiment paradoxal de n’avoir rien terminé, et une fatigue mentale disproportionnée par rapport au temps de travail réel.

 Bonne nouvelle : protéger son cerveau de la surchauffe, ça s’apprend !

Il ne s’agit pas de tout changer, mais quelques règles simples, compatibles avec la réalité RH, permettent de soulager fortement le cerveau et d’éviter le burnout. A titre d’exemples :

Règle n°1 : Faire 1 chose à la fois, pleinement

Le cerveau fonctionne mieux quand il sait clairement sur quoi se concentrer.

Concrètement :

  • Traiter vos mails à des moments dédiés et planifiés dans votre agenda
  • Éviter de répondre à une sollicitation pendant la réalisation d’une tâche complexe
  • Mettre de côté toutes sources de distraction lors d’un travail à fort enjeu
  • Fermez la porte de votre bureau lorsque nécessaire et apprenez à faire respecter votre porte fermée !

à Moins d’interruptions = plus de clarté et d’efficacité, moins de stress

 Règle n°2 : Créez-vous des moments « off sollicitations »

Même courtes, ces plages sont précieuses et indispensables. Par exemple :

  • 30 à 60 minutes sans réunion ni rendez-vous chaque jour
  • Une plage quotidienne sans notification d’aucune sorte, en totales déconnection
  • Un temps de déjeuner même court, en « off », réellement en « off »

Règle n°3 : Mettez en place des rituels « brain friendly »

Des rituels de début et de fin de tâche (respiration, clarification de l’objectif, 5 minutes de pleine conscience, …), pour signifier à votre cerveau qu’une tâche demandant une concentration particulière va commencer ou qu’au contraire elle est terminée et que vous pouvez vous concentrer sur une nouvelle.

Ces espaces permettent au cerveau de passer du mode « urgence » au mode « réflexion », indispensable pour les décisions complexes et la vision stratégique. Ils permettent également de revenir à l’instant présent lorsque la tâche est terminée.

 Arrêter de culpabiliser, commencer à piloter

Comprendre que le cerveau n’est pas multitâche change profondément le regard sur la charge de travail.

Non, vous ne pouvez pas faire plusieurs choses requérant votre attention en même temps. Ce n’est pas une question de volonté ou d’engagement, mais de fonctionnement cognitif.

Protéger son attention et sa concentration, ce n’est pas fuir ses responsabilités : c’est préserver l’outil principal du DRH.

Dans un monde professionnel qui valorise encore trop souvent la suractivité et l’immédiateté, prendre soin de son cerveau est un acte de lucidité.

Et sans doute, aujourd’hui, une condition essentielle à la performance durable.

 

Photo : Canva
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