Personnel, la revue de l’ANDRH

Portrait de Valérie Decaux, DRH du Groupe La Poste - Personnel n°601

Portrait de Valérie Decaux, DRH du Groupe La Poste - Personnel n°601

Valérie Decaux, DRH du Groupe La Poste, conçoit son rôle comme un rôle utile, "pour accompagner les personnes et les faire se développer". Elle est également présidente du jury du Prix du DRH numérique 2020, organisé par l'ANDRH pour valoriser et promouvoir la fonction RH dans la transformation numérique des organisations. A l'occasion de l'appel à candidatures, nous vous proposons de (re)découvrir son parcours à travers un portrait publié dans le numéro 601 de Personnel, la revue de l'Association.  

Lien.png>> Article extrait du numéro de janvier-février 2020 de Personnel, la revue de l'ANDRH

Lorsqu’elle était enfant puis adolescente, Valérie Decaux pratiquait intensément la danse classique. De la rigueur et le gout de l’effort que l’on retrouve encore aujourd’hui lorsqu’on rencontre celle qui dorénavant a troqué les ballerines pour les baskets et s’adonne régulièrement à la course à pied. Havraise, elle se disait que le vent de la mer la porterait quelque part et qu’elle saurait en tirer le meilleur… Après une école de commerce, elle commence sa carrière comme chargée de clientèle au sein des Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP, devenues Presstalis en 2009) auprès d’un portefeuille d’éditeurs (Nouvel Obs, Prisma, …). Le siège de l’entreprise se trouve dans un ancien bâtiment, rue Réaumur, riche d’histoire, quartier de la presse, avec son ambiance si particulière…

Comment expliquez-vous votre attachement aux NMPP (devenues Presstalis) ?

Valérie Decaux : J’aimais le produit, la presse, distribuée partout en France. J’aimais le rythme, intense et en flux tendu. Je suis restée dix ans dans cette entreprise et ai encore des liens avec d’anciens collègues. J’y ai vraiment appris mon métier, la fonction RH y était centrale. Le syndicat du livre était fort, très présent et les grèves étaient fréquentes. J'ai par la suite changé d'entreprise et de secteur, ce qui demande une remise en cause et nécessite d’apprendre. J’ai le goût de l’effort, l’attrait des nouveaux défis. Sans être forcément capable de le formuler à l’époque, j’étais attirée par les secteurs de main-d’œuvre, des métiers de terrain, en transformation.

« Je conçois mon rôle comme un rôle utile, pour accompagner les personnes, les faire se développer. »

J’ai ensuite intégré la DRH de védiorBis (devenu Randstad), dans le domaine du travail temporaire : des activités de main d’œuvre et de la réactivité ! La fonction RH y était une fonction clé. J’y ai passé 7 ans et ai trouvé beaucoup d’intérêt dans ce secteur d’activité, au sein duquel se reflètent toutes les tendances conjoncturelles ou structurelles du marché de l’emploi, l’évolution des métiers, dont ceux dits « en tension », et un secteur qui requiert une réelle agilité dans l’appréhension de ses dimensions règlementaires. Ce secteur n’avait alors pas très bonne réputation et il était en pleine évolution. Avec Manpower et Adecco, nous avons réussi à en faire un véritable acteur de l’emploi et à le faire savoir. Nous avons développé des politiques sociales qui n’existaient pas jusqu’alors. J’ai notamment conçu et mis en œuvre des politiques d’insertion et de formation à destination des intérimaires. Je conçois mon rôle comme un rôle utile, pour accompagner les personnes, les faire se développer. A cette époque, les questions de diversité dans le monde du travail étaient émergentes et ce sont des sujets que je suis tout particulièrement. 

« Pour réussir l'évolution de l’organisation du travail au-delà de 21h au sein de Monoprix, j'ai pris le parti de retenir un levier : le volontariat, parce qu’aller à l’encontre des volontés individuelles ne fonctionne pas à long terme. »

C’est une rencontre qui vous conduit à rejoindre la Saur en 2008 ?

V.D. : Effectivement, par l’intermédiaire d’un cabinet, j’ai eu la chance de faire la rencontre d’Olivier Brousse, nouvellement nommé à la direction générale de la Saur. Outre l’entreprise et son secteur d’activité, c’est le dirigeant que je choisis de rejoindre. La Saur est une entreprise qui traite d’environnement au service des collectivités locales, et assure plusieurs activités dont la production et la gestion des réseaux d’eaux potable, l’assainissement, la collecte et le tri des déchets. L’environnement est une cause qui me tient à cœur. En 6 ans passés au sein de la Saur, comme DRH Groupe, j’ai découvert de nouveaux métiers, en ingénierie et sur le terrain, des métiers de travaux difficiles, sur les canalisations par exemple. J’ai beaucoup de respect pour les femmes et les hommes qui exercent ces métiers de terrain. Je me souviens de tournées effectuées avec les équipiers éboueurs de la COVED qui me disaient toute la fierté qu’ils avaient à exercer leur métier. Cette expérience m’a beaucoup marquée. On peut parfois manquer d’attention pour ces métiers alors qu’ils sont fondamentaux et servent nos quotidiens. Au sein de la Saur, j’ai aussi vécu une expérience de restructuration financière du groupe. En 2008, le marché des collectivités locales se complique, elles serrent les prix. L’entreprise était endettée. La Saur doit se partager le marché avec ses deux concurrents, Véolia et Suez. En 2012 et 2013, une procédure de restructuration de la dette est mise en œuvre alors que l’entreprise était rentable. C’était une période difficile ! Les salariés, les syndicats, les clients étaient inquiets, il nous a fallut continuer le travail au quotidien avec des pressions importantes. En 2013, l’entreprise a été refinancée et a pu poursuivre son activité. 

« Le grand enjeu de la DRH est d’accompagner les postiers dans la transformation de leur entreprise. Le métier historique de La Poste, le courrier, a vu ses volumes divisés par deux en seulement 10 ans. »

2013 est à nouveau la fin d’un cycle pour vous, qui vous mène vers Monoprix...

V.D. : Effectivement, et je choisis alors de rejoindre une marque emblématique, Monoprix, de nouveau une entreprise de main-d’œuvre, en transformation et cette fois-ci dans le commerce de détail, riches aussi en métiers de terrain, tant dans les magasins que dans les équipes logistiques. Cette belle marque, riche de son histoire, fondée sur un modèle urbain de centre-ville, est challengée par le e-commerce. Je rencontre chez Monoprix de gros enjeux de transformation des métiers. Avec les caisses automatiques, la relation client est modifiée et nous devons adapter les compétences des équipes. La situation syndicale est tendue et je dois engager des négociations à enjeux en particulier sur le travail au-delà de 21h. L’ouverture en nocturne est vitale pour la marque dans ce contexte hyperconcurrentiel.

Pour réussir cette évolution de l’organisation du travail au sein de l’entreprise, j'ai pris le parti de retenir un levier : le volontariat, parce qu’aller à l’encontre des volontés individuelles ne fonctionne pas à long terme. Les négociations avec les syndicats ont alors pu se focaliser sur le champ des possibles. Nous avons pu recruter  beaucoup d’étudiants intéressés par ce nouveau créneau horaire. Petit à petit, l’état d’esprit de l’entreprise a évolué, passant d’une culture de magasin « à l’ancienne » qui ferme à 19h à un schéma plus moderne où le client est au centre et décide quel est son média ou son horaire pour consommer, y compris le dimanche, comme avec le e-commerce. 

« Je retrouve à La Poste le fil conducteur de ma carrière : accompagner des métiers de terrain utiles à la société. »

Après cinq années chez Monoprix, le vent vous guide de nouveau ?

V.D. : Tout à fait, après cinq ans chez Monoprix, j’ai eu besoin de renouveau et ai rencontré l'opportunité de devenir DRH du Groupe La Poste. Dans ce groupe de « service public », je suis en cohérence avec mes valeurs. Ici aussi, l’histoire est riche et prégnante, ici aussi, on sert le quotidien des citoyens. Les transformations sont considérables, démultipliées par la taille. Le grand enjeu de la DRH est d’accompagner les postiers dans la transformation de leur entreprise. Le métier historique de La Poste, le courrier, a vu ses volumes divisés par deux en seulement 10 ans passant de 18 à 9 milliards d’objets transportés chaque année. Dans le même temps, les colis augmentent du fait du e-commerce mais  dans des proportions différentes, et c’est un marché très concurrentiel. La Poste est le premier employeur de France et est également présente dans 44 pays. On le sait peu mais nous sommes aussi le n°1 du colis en Espagne, en Pologne, en Lituanie ou encore le n°2 au Royaume-Uni, en Russie... Tout cela est riche et passionnant. La DRH doit accompagner les postiers dans l’évolution de leurs métiers, le facteur aujourd’hui apporte des nouveaux services comme le portage de repas et la visite aux personnes âgées. Nous développons la formation, 80% des postiers sont formés chaque année, et nous accompagnons les postiers avec des véritables parcours de carrière. Je retrouve à La Poste le fil conducteur de ma carrière : accompagner des métiers de terrain utiles à la société. 



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