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Parler maladie au travail : et si on arrêtait enfin de chuchoter ?

Au sein du groupe vauclusien Haladjian, le handicap, le cancer et les maladies chroniques ne sont plus des sujets discrets que l’on aborde à voix basse. Grâce à l’engagement de Pélagie Tompouo, RRH et référente dédiée, la démarche a pris une dimension profondément humaine : les collaborateurs osent parler, se renseigner, demander de l’aide, participer à des animations et s’ouvrir les uns aux autres.

Depuis quand portez-vous cette mission ?

Pélagie Tompouo : Je suis arrivée chez Haladjian il y a presque vingt ans. Au départ, le rôle de référente handicap n’était pas formalisé : les salariés venaient me voir avec des questions, je cherchais, je fouillais, je proposais des pistes… Et naturellement, j’ai commencé à endosser ce rôle.

En parallèle, il fallait répondre à l’obligation d’emploi de 6 %. Avec nos métiers, en majorité, techniques, il est parfois difficile de recruter des personnes en situation de handicap. Nous avons alors cherché d’autres leviers. C’est à ce moment-là que je me suis tournée vers les ateliers de l’Agefiph et du réseau des référents handicap : ils m’ont permis de structurer mes actions, d’acquérir les bons réflexes, et de vraiment légitimer cette fonction. Depuis cinq ans, je la porte officiellement.

Quel est votre rôle aujourd’hui ?

Informer, accompagner et rassurer. Beaucoup pensent que le handicap se voit forcément. Pourtant, la plupart sont invisibles. Il faut donc expliquer sans effrayer, clarifier ce que permet la RQTH, et montrer qu’elle n’est pas une étiquette, mais un moyen très concret de faciliter le maintien en emploi.

J’ai accompagné plusieurs cas significatifs ces dernières années  :

  • Un collaborateur qui ne pouvait pas financer ses prothèses auditives ;
  • Un collaborateur qui avait un handicap mais qui n’en avait jamais parlé. Le jour où il est venu me voir après une communication interne, j’ai compris que notre démarche portait ses fruits  : les gens se sentent autorisés à s’exprimer, à demander conseil. C’est essentiel pour les aider.
  • 3 collaborateurs qui avaient des maladies invalidantes. Nous avons, en collaboration avec l’agefiph, financé pour chacun un poste de travail ergonomique dont fauteuil, bureau et même un transpalette ergonomique avec bras de support élevables.

Comment sensibilisez-vous les équipes ?

Nous avons construit une dynamique régulière, mais sans surcharge. Deux temps forts rythment l’année :

1) L’Activ’ Challenge de l’Agefiph : trois semaines de quiz en ligne. Chez Haladjian, nous l’ouvrons toujours avec un apéro‑quiz. C’est un moment simple, convivial, qui permet d’aborder le sujet sous un angle positif. Nous achetons des lots auprès d’ESAT, nous créons des équipes, nous remettons des prix. C’est léger, mais cela déclenche beaucoup de conversations. L’année dernière, nous avons aussi créé une fresque du handicap : « Handicap et travail quels sont les freins ? » Cela a libéré la parole.

2) La Semaine Européenne pour l’Emploi des Personnes Handicapées. C’est notre troisième édition. Nous proposons des ateliers, invitons des ESAT pour présenter leurs activités (ce qui nous a amenés à en contractualiser un pour l’entretien de nos espaces verts), organisons des interventions sur le handicap visuel… À cela s’ajoutent mes communications trimestrielles sur un handicap spécifique (troubles dys, diabète…). À chaque publication, les retours sont nombreux et montrent que ces sujets touchent plus de collaborateurs qu’on ne le croit.

Comment mobilisez-vous autant de monde ?

En créant du contact direct. Un mail ne suffit pas : les collaborateurs ont la tête dans leurs priorités. Le jour des animations, je vais donc les voir un par un : « Venez, ça dure cinq minutes, vous verrez. » Grâce à cela, nous réunissons environ cinquante personnes sur site pour chaque événement, et beaucoup plus en ligne pendant l’Activ Challenge. Je contacte aussi les commerciaux itinérants individuellement. Le résultat est toujours le même : ils repartent contents d’avoir participé. Cela fait du bien, ça crée du lien et ça change le regard sur le sujet.

Vous êtes aussi référente cancer et maladies chroniques. Qu’avez-vous mis en place ?

Nous avons adhéré à la charte Cancer@Work. Avec notre coordinatrice QSE/RSE, nous avons créé un guide interne pour aider les salariés concernés : comment parler ou non de sa maladie, à qui s’adresser, quels dispositifs existent. Nous avons également identifié six référents Cancer@Work, en plus de moi. L’idée est simple : offrir plusieurs interlocuteurs, car parler d’une maladie n’est pas évident. Certains préfèrent discuter avec un pair plutôt qu’avec la RH ou leur manager.

Nous avons déjà accompagné une collaboratrice pendant son arrêt maladie. Elle souhaitait garder un lien avec l’entreprise. Nous avons respecté ce souhait, son manager prenait de ses nouvelles, et elle a même participé à un déjeuner d’équipe. À son retour en temps partiel thérapeutique, tout était naturel, fluide. C’est exactement ce que nous cherchons : éviter que le salarié ait l’impression de revenir dans un lieu qui n’est plus le sien.

Quels conseils donneriez-vous à un RH qui souhaite se lancer ?

1) Commencer par l’Agefiph : leurs ateliers donnent toutes les bases nécessaires pour comprendre ses missions, connaître les dispositifs et rejoindre un réseau riche d’expériences.

2) Ensuite, travailler avec Cap Emploi : leur expertise est précieuse, notamment pour le maintien en emploi. Ils, identifient les bons fournisseurs qui proposent dans la plus part des cas du matériel à tester et montent les dossiers de financement. C’est un gain de temps et une vraie sécurité.

3) Et puis, avancer étape par étape. Ce n’est pas la quantité d’actions qui compte, mais leur cohérence et leur constance.

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