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Renoncement aux soins : une personne sur trois concernée

L’étude "Les invisibles : Des vies sous contraintes", réalisée en partenariat par le Diot-Siaci Institute et la Fondation Travailler Autrement, a mis en lumière un accès aux soins de plus en plus difficile pour les salariés, induisant un renoncement important aux soins. Explications avec Laurent Jumelle, Directeur Prévoyance Santé et Directeur général adjoint MSH International, Groupe Diot-Siaci. Un article issu du supplément Protection sociale du magazine de l'ANDRH !
Sommaire

Quel est le contexte actuel qui fait écho à cette étude ?
 

Laurent Jumelle : Le budget consacré aux dépenses de santé chez les salariés ne cesse d’augmenter, d’année en année. Le départ plus tardif en retraite induit un vieillissement de la population active et chacun sait que les frais de santé augmentent avec l’âge. Par ailleurs, l’inflation médicale en elle-même joue aussi. Revalorisation du prix de certaines consultations, ou encore demandes bien légitimes sur les revalorisations salariales du personnel médical,
contribuent à une hausse des dépenses de santé, et, de fait, une hausse des cotisations des complémentaires santé pour les employeurs et pour les employés.
 

Quelles sont les conséquences de ces hausses de cotisation ?
 

L. J. : Les DRH sont challengés car ces hausses de cotisations s’inscrivent dans un contexte où il leur ait demandé de travailler sur le pouvoir d’achat de leurs salariés. Ces hausses de cotisation sont donc malvenues et remises en causes. Elles contribuent à diminuer le salaire net versé. Et sur les petits salaires notamment, cela peut poser de vraies difficultés. Et c’est pourquoi aujourd’hui trop de salariés en France en viennent à renoncer à certains soins. À ce titre, un sondage Ifop de 2023 révèle des statistiques saisissantes : 

  • 37 % des Français ont, ces dernières années, déjà renoncé à un soin ou à un équipement médical ;
  • 17 % des Français ont déjà renoncé à plusieurs reprises à se faire soigner.

"Pour certains, le reste à charge est trop important, malgré le remboursement de la Sécurité sociale et de la complémentaire santé. Pour d’autres, il est tout simplement impossible de faire l’avance du coût  des soins."

Quelles sont les raisons de ce renoncement ?
 

L. J. : Nous pouvons en citer deux principalement :

  • La raison financière : pour certains, le reste à charge est trop important, malgré le remboursement de la Sécurité sociale et de la complémentaire santé . Pour d’autres, il est tout simplement impossible de faire l’avance du coût des soins. Gardons à l’esprit que malgré le dispositif de tiers payant, de nombreux frais médicaux doivent être encore avancés.
  • La raison des déserts médicaux : en zone rurale notamment, l’accès aux soins est une réelle difficulté.

Quelles sont les populations qui renoncent aux soins médicaux ?
 

L. J : L’étude sur « les invisibles » met en lumière tous ces métiers qui ont été salués pendant la crise du Covid-19 et qui sont retombés dans l’oubli. Il s’agit des agents d’entretien, des aides à domicile, des caristes, des aides-soignants, des vigiles, des livreurs, des éboueurs, des caissiers, des ouvriers agricoles… En tout, cela représente environ 11 millions de travailleurs en France. Parmi ces invisibles, nous avons une population de personnes « isolées et fragilisées » (représentant 16 % de la population d’invisibles), et ce sont les plus précaires. En moyenne, elles touchent un salaire environ 60 % inférieur au reste de la population active !

"À savoir que la première raison pour demander un acompte sur salaire est le paiement  de soins médicaux." 
 

Quels sont les leviers d’action identifiés à la main des employeurs ?
 

L. J. : Aujourd’hui, il en existe deux principaux :

  1. L’augmentation de la prise en charge employeur à la complémentaire santé pour limiter les hausses de cotisation pour les salariés. Concrètement, sur notre portefeuille Diot-Siaci, les employeurs contribuaient en moyenne à hauteur de 56 % en 2016. En 2023, ils contribuent désormais à 65 %. Cela permet ainsi de limiter l’impact de l’augmentation continuelle des cotisations des organismes complémentaires.
  2. L’acompte sur salaire : en France, la loi impose aux employeurs de réaliser un acompte sur salaire à tout salarié qui le demande. À savoir que la première raison pour demander un acompte sur salaire est le paiement de soins médicaux. Viennent ensuite la nécessité de faire le plein de sa voiture pour aller travailler, et puis faire ses courses. Mais en pratique, la mise à disposition de cet acompte au salarié prend beaucoup de temps, une bonne dizaine de jours en moyenne, et cet acompte ne répond pas finalement pas à l’urgence d’une situation.
Photo : groupe Diot-Siaci
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